« Finis ton assiette » : comment dérégler l’appétit des enfants

Qui ne s’est jamais vu une fois sommé de finir son assiette quand il était petit ? Cette sacro-sainte phrase à l’attention des enfants vise en général à les encourager à manger de toi, à ne pas gaspiller et à se remplir le ventre avec du salé plutôt que des desserts. Bref, des intentions louables mais la méthode peut faire plus de mal que de bien.

LA ENFANTS ET LEURS SENSATIONS ALIMENTAIRES

Notre corps est conçu pour répondre à des sensations de faim et de satiété. Dès l’enfance, on conditionne notre appétit d’une certaine manière en agençant des horaires et des repas : petit-déjeuner, collation, lunch, goûter, diner. Ils sont là pour nous donner un cadre, nous apprendre à nous caler sur certains horaires « sociaux » afin de ne pas manger en plein milieu de la classe. On ne peut donc pas vraiment décider, dans la petite enfance, des moments où l’on peut manger, les adultes s’en chargent pour nous. Toutefois, l’appétit féroce et récurrent des tous petits s’ajuste globalement bien à ces encarts « ravitaillement ». Avec les années, en grandissant, ils peuvent commencer à mieux déceler leur faim – qui est propre à chacun – pour éventuellement ajuster leur repas : petit-déjeuner ou pas (certains n’ont pas faim et pas besoin de manger le matin), goûter ou non, petit encas calé entre deux cours, repas principaux plus ou moins copieux…

En revanche, ils sont parfaitement capables de comprendre quand ils n’ont plus faim : quand ils ont atteint l’état de satiété. Tout comme un bébé pleure pour téter et s’arrête de téter quand il est repu, c’est instinctif et naturel puisque nous sommes programmés pour. C’est ce que confirment les publications du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids : « Il semble que les enfants sachent mieux que les adultes réguler leur consommation en fonction des signaux biologiques de faim et de réplétion. Ce que les adultes consomment au cours d’un repas dépend peu de ce qu’ils ont consommé à l’apéritif : contrairement à la majorité des enfants, leur appétit se trouve stimulé par ce que contient leur assiette, même s’ils n’éprouvent plus véritablement de sensations de faim. »

Les enfants seraient donc même plus doués que nous pour réguler leur appétit en fonction de ce qu’ils ont mangé aux précédents repas. Une étude américaine menée sur 15 enfants de 2 à 5 ans pendant 6 jours a renforcé ces faits : « Les résultats montrent que, d’une journée à l’autre, les variations énergétiques sont peu importantes, de l’ordre de 10 %. Mais la grande majorité des enfants présente selon les jours une variation très importante d’un repas à l’autre. Ce qui signifie par exemple que s’ils ont beaucoup déjeuné, ils goûteront moins. Il faut respecter cet ajustement naturel, et pour cela, ne pas les inciter à finir systématiquement leur assiette. »

LA DISTORSION DE LA SATIÉTÉ

Les enfants sont capables de réguler leur faim. Mais comment peuvent-ils la réguler si on contrôle leur portion pour eux ? En les forçant à finir leur assiette alors même qu’ils sont à satiété, non seulement on leur fait ingérer des calories inutiles – que leur corps ne réclame pas – mais on les conditionne à ne plus écouter leurs signaux de rassasiement. C’est ainsi que 20 ans plus tard, on se retrouve face à des adultes incapables de ne pas finir une assiette ou de savoir quand ils n’ont plus faim. Parce qu’on les a éduqués, inconsciemment, à ne plus repérer ces signaux et à les dépasser.

Il devient ensuite plus difficile de se réapproprier ces signaux, en passant par une rééducation alimentaire complète selon les principes de Zermati. Pourquoi plus difficile ? Parce que non seulement un schéma ancré pendant des années prend du temps à être réparé mais en prime, les facteurs qui troublent notre repérage de la satiété augmentent avec les années : restos, buffets, apéros, fatigue, stress, ennui… On finit par manger pour répondre à des contextes sociaux et des émotions sans plus écouter notre corps et ses besoins. Ceci mène à terme à des troubles du comportement alimentaires et très souvent à une prise de poids. C’est une déconstruction totale qui prend du temps et ne serait pas nécessaire si on laissait les enfants manger la quantité qu’ils estiment répondre à leur faim.

Concrètement ? On investit dans les tupperwares et on explique à l’enfant que quand il n’a plus faim, que son ventre est rempli, on peut mettre ce qui reste dans l’assiette de côté. Cela servira pour plus tard. C’est un bon point de départ aussi pour des petites soirées « tapas » sympas aka soirées restes où on pioche un peu de tout dans les multiples plats sur la table. Et s’il reste seulement deux-trois bouchées ? Difficile d’en faire un repas futur ou un plat sympathique. A moins que quelqu’un à table ne se dévoue ou que cela puisse servir à des animaux, c’est poubelle. Est-ce gaspiller ? Peut-être, mais forcer l’enfant à le manger, c’est gaspiller aussi. Ces bouchées ne lui procureront ni plaisir – et pourra même le dégoûter de certains aliments – ni nutriments nécessaires puisqu’ils seront en excès. Tout ce qu’ils peuvent amener à priori, c’est de la surcharge pondérale.

Le corps de l’enfant n’est pas une poubelle, il n’a pas à réceptionner les excédents de nourriture. Les manger de force ne sauvera personne de la famine non plus. Malgré tout, pour limiter les déchets et la nourriture, on peut agir en amont : servir une petite quantité et laisser les plats à table, en disant qu’on peut en reprendre si on a encore faim. Ainsi, l’enfant pourra se resservir si besoin. En surchargeant l’assiette, on augmente le risque de gaspillage. Faites-lui confiance : il connait son appétit ! Pour l’aider à le quantifier et le visualiser dans l’assiette, une chercheuse de l’Institut sur la Nutrition et les Aliments Fonctionnels suggère le jeu : lui demander par exemple s’il a une faim de souris, de chat ou d’éléphant, avec la portion correspondante dans l’assiette.

LES DESSERTS ET DES TENTATIONS

« Mon enfant ne se nourrira que de desserts si je ne le force pas à finir son assiette« . On connait aussi ce schéma et je l’ai déjà vu autour de moi : des enfants qui ne mangent presque rien à table et se nourrissent plus de biscuits et d’encas que de repas complets. L’idée n’est pas de zapper un vrai repas pour ingérer des snacks ensuite. L’idée est de les encourager à manger de tout dans l’assiette pour être sûr qu’ils aient les apports essentiels. On n’attaque pas juste la purée pour après choper une Danette. On goûte de tout, on prend un peu de tout dans l’assiette : les féculents, la viande/autres protéines, les légumes. On n’est pas obligé de finir l’assiette mais on prend un peu de chaque catégorie d’aliments pour ne manquer de rien et élargir sa palette de goûts. L’appétit vient en mangeant dit-on mais les goûts aussi : pour habituer un enfant à manger de tout, il faut lui présenter de tout. Il s’habituera petit à petit à de nouvelles saveurs à force de les côtoyer. En attendant, on peut les pimper un peu pour les rendre plus attractives : quiches, gratins, purées, chaussons et feuilletés sont en général un bon plan pour intégrer des aliments un peu « repoussants », surtout les légumes.

Et les desserts ? C’est un vaste sujet. Cela dépend déjà beaucoup de vos habitudes à vous : refuser un dessert à un enfant alors que vous en prenez un, ça va être compliquer à justifier. A priori, un dessert (le midi ou le soir) ne pose pas de souci pour autant que l’enfant n’ingère pas trop de sucre sur le reste de la journée. Et ça fait toujours plaisir, parce que l’alimentation n’est pas que mécanique, c’est aussi un plaisir. Ce qu’il faut, c’est éviter de cumuler petit-déjeuner très sucré + biscuits à 10h + dessert le midi + biscuits au goûter + dessert le soir. On réserve un ou deux créneaux à la gourmandise et pour le reste, on mise sur des options plus saines : des fruits frais, des fruits secs, des amandes, un yaourt, un morceau de fromage, une tartine de pain complet…

Le dessert ne doit pas être une « récompense » pour finir son assiette car ça le rend d’autant plus addictif et souvent, il sera alors pris quand l’enfant est déjà rassasié. On lui explique simplement que le repas, c’est avant tout ce qu’il y a dans l’assiette et que c’est important pour être en bonne santé. Mais s’il a envie d’une petite note sucrée pour se faire plaisir à la fin, il peut. Même s’il n’a pas fini son assiette, tant qu’il a mangé un peu de tout. Les adultes aussi aiment se réserver un peu de place pour un dessert. On le prévient simplement qu’il faudra laisser une petite place dans le ventre pour avoir encore un tout petit peu faim pour un petit dessert. Pas une faim d’éléphant, juste une petite faim de souris après le salé pour un petit plaisir sucré. Et le ventre sera rempli.

ÉDUQUER À LA SATIÉTÉ

Normalement, elle est innée. Mais la satiété peut parfois devenir plus confuse face à des aliments qui stimulent l’appétit (biscuits, chips, pizzas, pâte à tartiner…), la fatigue, l’ennui, l’empressement, même pour un enfant. Il faut 5 à 10 minutes pour le ventre envoie au cerveau le signal qu’il est rempli donc autant prendre son temps pour manger. Afin de toujours rester sur les bons rails, encouragez-le à manger en pleine conscience : manger lentement en mastiquant bien, en observant le goût, les sensations, la texture. Est-ce froid, chaud, salé, sucré, amer, piquant, croquant, fondant ?

Faites du repas un vrai moment de partage et de découverte. Expliquez les aliments, d’où ils viennent (la terre, les arbres, les animaux), leurs bienfaits, faites-les goûter, demandez les sensations vécues. Plus vous intéressez votre enfant à ce qu’il mange, plus il sera désireux de goûter des saveurs inconnues et de prendre le temps de savourer son repas. Encore mieux : cuisinez ensemble. Rien de tel pour partager un moment convivial en famille et découvrir plein d’aliments avec lui en le transformant en petit Chef. Et quoiqu’il cuisine, il le mangera dans les limites de sa faim, même si l’assiette n’est pas finie mais toujours en se régalant.

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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