Sois belle et like-moi : on ne peut pas plaire à tout le monde

Etre belle et reconnue, la clé de la réussite ? C’est en tout cas ce que la société tend à nous faire croire et elle ne lésine pas sur les moyens. En 2016, la série Black Mirror sortait l’épisode Nosedive, où Instagram était imbriqué dans le monde réel : grâce à des lentilles connectées, chaque personne peut voir les « notes » des personnes qu’elle côtoie et lui attribuer ou lui ôter des points. Une jolie robe ? Hop, 5 étoiles. Une râlerie ? Hop moins 2 étoiles. Et plus le score qu’on obtient des autres est élevé, plus on obtient d’avantages dans ce monde-là : événements hypes, logements de luxe, bureaux et carrières d’élite… Dans « Nosedive », Lacie, jeune femme trop pulpeuse à son goût, en quête d’un super appart’ et d’une vie de rêve, s’est juré de tout mettre en œuvre pour monter son score. Quitte à courir chaque jour pour perdre du poids, s’entrainer à rire devant son miroir et afficher en permanence une attitude aimable. Une exagération de notre réalité ? A peine seulement.

L’AVÈNEMENT DES INFLUENCEUSES

Reprenons ces dernières décennies. Il y a eu les mannequins, puis les fitgirls puis les influenceuses en général. Chaque période connait ses références de beauté, que l’on s’efforce, pour beaucoup, de suivre afin de coller aux critères en vogue. Dans les années 2000, on admirait les abdos et la silhouette athlétique de Pink et Britney Spears. Les corps toniques et les ventres fermes étaient de mise, en accord avec la mode du pantalon taille basse façon Shakira. Passé 2010, les médias ne juraient que par la maigreur d’Alexa Chung, Karlie Kloss et autres itgirls à la taille double zéro. Enfin, 2015 a amené la tendance des fesses rebondies, avec les courbes de Kim Kardashian et en parallèle les fitgirls à la taille ultra fine mais aux cuissots et biscotos bien musclés.

Des références éphémères mais qu’on côtoie avec de plus en plus de proximité grâce aux réseaux sociaux. Auparavant, on bavait sur le corps et la vie supposée glamour des stars mais c’était un univers lointain et inaccessible. Désormais, les stars du quotidien ont remplacé les actrices et les mannequins. On les appelle « influenceuses ». Des filles d’apparence comme nous, qui postent leur vie idyllique sur les réseaux : corps au top, peau sans pore, lieux de rêve, accès vip… Le message ? « Je suis comme vous et vous pouvez aussi être comme moi. En suivant mes conseils et en achetant mes produits ». Le vrai message ? « Je m’entraine régulièrement, je me maquille et je mets une tonne de filtres sur mes photos que je prends des dizaines de fois s’il le faut pour être bien dessus, je filme, photographie et poste chaque instant potentiellement intéressant que je vis et je suis payée pour afficher des marques. » Comme les mannequins, comme les actrices, leur métier est d’être belles, vendeuses, en valeur, de participer à certains événements, de faire certaines activités pour les promouvoir. Mais pas trop quand-même histoire que ça reste crédible et qu’on puisse s’identifier. De temps en temps, il y aura un post sans filtre sur « j’assume ma cellulite » ou « j’ai des cernes en vrai » afin de rappeler que quand-même, « elles sont comme nous ».

Le véritable sadisme dans ce phénomène, c’est de casser la frontière entre « personnes idéalisées » et nous, pour nous pousser à acheter toujours plus mais aussi comparer nos corps et nos vies en permanence. Les comparer et penser qu’ils devraient être identiques alors que leur vie et leur apparence sont déterminées par leur métier et suivent des règles strictes. Certaines influenceuses bodypositive ont commencé à se démarquer de cet univers surmaquillé, posé et chorégraphié pour afficher la vraie vie, la gueule du matin, le sport avec le t-shirt qui colle et le visage rouge, l’apéro full chips de patate sans kale bien gras avec les potes… Et bordel, ça fait du bien. Voir de vraies personnes, de vraies inspirations avec de vraies idées. Mais elles sont hélas encore trop peu nombreuses. Eh oui, des millions de personnes rêvent encore d’atteindre l’idéal des influenceuses de base en soupirant sur leurs photos photoshoppées. Mais pourquoi nous faisons-nous tant de mal ? Pourquoi rêvons-nous d’être toujours au top et reconnues ?

LA QUÊTE DE LA BEAUTÉ SOCIÉTALE

Avoir le pouvoir en société

Il y a le pouvoir en général, à savoir choisir ce qu’on aime, ce qu’on est, ce dans quoi on s’investit, de qui on s’entoure. Et il y a le pouvoir en société. La réussite. Il est plus illusoire mais il fait beaucoup plus de bruit. La beauté et la notoriété ont toujours été associées au pouvoir en société. Les stars, les influenceuses, les personnes médiatisées suscitent l’envie parce qu’elles ont « réussi » ce que le commun des mortels s’efforce de faire pour plaire aux autres : être belles, être riches (ou au moins aisées) et être célébrées pour cela. Ça fait rêver. Bon, les overdoses et suicides de stars (ou rasages de crâne tel Britney Spears, désespérée de retrouver un peu d’intimité), l’isolement, la surexposition, les trolls et haters, ça fait direct moins rêver mais on l’occulte vite fait bien fait.

Être aimé par reflet

Quand on ne s’aime pas beaucoup, on peut demander aux autres de nous aimer. Et si on s’aime déjà beaucoup, on décuple cet amour en réflexion à l’amour que les autres nous portent. « Suis-je belle ? Je ne me sens pas vraiment belle. Mais si 3000 followers me le disent c’est sans doute vrai. »

Se laisser porter

Les tendances, les diktats… C’est rassurant. C’est un cadre, un modèle de réussite, un chemin tracé. Pourquoi se demander si on est bien dans sa peau, si nos proches nous aiment sincèrement, si on s’assume telle que l’on est, si on travaille dans ce qu’on aime, si on aura une bonne santé, si… quand le monde entier peut nous liker et nous porter ? Quand on se laisse porter par la tournure de la société et des diktats, tout est plus rassurant et les questions se taisent. Non pas qu’elles disparaissent, mais on leur impose des réponses toutes prêtes.

LES REVERS DE LA COURSE À LA VALIDATION

La beauté n’est pas figée

Le problème quand on part en quête de beauté, c’est que c’est une quête sans fin : le Graal change tous les 5 ans. Tu peux battre tous les boss, te hisser à chaque niveau, surmonter chaque obstacle, tu seras quand-même bientôt has-been si tu ne l’es pas déjà. Tu peux passer 3 ans à te faire les fesses de Kim Kardashian au naturel à la salle de fitness avec des squats ou en 3 mois avec un bon chirurgien, elles seront quand-même passées de mode prochainement. La mode change, parce que si elle ne changeait pas, on finirait vraiment par atteindre notre but et on n’achèterait plus. Pour qu’on achète, il faut qu’on courre après un idéal qu’on n’atteindra jamais vraiment. Si on est bien dans notre peau, on est des piètres consommatrices. Et ça, les marques n’apprécient pas.

Être valorisé n’est pas être aimé

On ne va pas se mentir : être belle dans notre société est un atout. C’est prouvé, cela facilite les contacts, les opportunités d’embauche, l’impression qu’on dégage est plus positive que pour des personnes moins attractives. Mais même en oubliant que cette beauté est générée par la société (il y a 100 ans, les corps androgynes sans seins sans fesses et les petites bouches fines étaient le summum du sexy) et éphémère, elle génère de la valorisation et non de l’amour. On peut être liké 10000 fois, lire des « tu es belle », « tu es géniale », « je t’adore » autant de fois, ce ne sont là que des suppositions.

Seuls nos proches, ceux qui nous connaissent, nous côtoient, nous voient évoluer, nous encouragent, nous apprécient dans nos forces comme nos faiblesses, nous aiment vraiment. Parce que ce sont ceux qui nous connaissent vraiment. J’admire quelques influenceuses beauté/fit sur Instagram. Elles sont belles (elles ont un corps dans les normes actuelles), elles font des trucs cools (c’est leur métier avant tout), elles ont l’air sympa (c’est peut-être vrai mais ce sont peut-être aussi des garces derrière l’objectif, je n’en sais rien en fait : je ne les connais pas. Je ne connais que leur image). Mais j’admire d’autant plus celles dont j’aime les idées, les valeurs, l’optimisme, la réflexion, les bonnes idées. Dont le contenu passe plus par ce qu’elles font et aiment que par leur apparence, quel que soit leur domaine (dessin, cuisine, sport, beauté, voyage…). Il y a ceux qui nous diront « tu es belle » sur une photo avec la bonne lumière, le bon angle, les fringues hypes, le bon maquillage, et ceux qui nous diront « tu es belle » un lundi matin avec les cernes, les cheveux rebelles et le jean-tshirt. Parce qu’on sourit. Parce qu’ils sont heureux de nous voir. Parce qu’on est bien. Parce qu’ils voient en notre apparence ce qu’ils voient dans notre personnalité : du positif, du rayonnant, du bien-être. Il n’y a rien de mal à admirer certaines personnes, c’est franchement humain. Ça fait rêver et parfois c’est bon de rêver. Mais ça ne sert à rien de se comparer : il faut garder en tête que ces personnes ne sont pas forcément plus aimées que nous de ceux qui comptent pour elles. Et parfois, elles ne s’aiment pas elles-mêmes non plus.

Je pense donc je suis

Nous sommes tous le beau et le moche de quelqu’un, le con et le brillant de quelqu’un. Nous plairons toujours à certains et pas à d’autres. Nous avons donc tous le potentiel d’être aimés par quelqu’un telles que nous sommes. Que l’on fasse 50 ou 150 kilos, que l’on soit grande ou petite, brune, rousse, blonde, caucasienne, noire, latino, asiatique, geek, rock’n roll, fashionista, drôle, réservée, romantique, indépendante… Nous n’aurons pas d’affinités avec tout le monde, autrement nous n’aurions pas de personnalité. Mais on trouvera toujours quelqu’un avec qui accrocher.

Dans l’épisode Nosedive, Lacie est surexcitée de participer au mariage d’une ancienne amie devenue « super bien notée » aka une influenceuse, afin de monter son propre score. Les imprévus s’enchainent, les râleries et pétages de plomb aussi si bien que son score dégringole. Elle n’est donc plus invitée par cette amie. Cette amie qui s’intéresse plus à son image qu’à la voir à son mariage. Lacie n’est plus suffisamment cotée pour avoir des avantages, pour que les gens aient envie de la côtoyer, pour être « quelqu’un ». Lacie peut râler, crier, se promener en survêt, avoir des kilos en trop, dire ce qu’elle pense, sourire, pleurer. Lacie peut enfin être elle-même. L’épisode de Black Mirror nous rappelle qu’on peut passer sa vie à se faire valider, valoriser, « liker » pour plaire aux autres. Ou on peut se plaire à soi. On ne peut pas plaire à tout le monde. Et c’est tant mieux !

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

2 Comments

  1. Alors, je dois te dire que je suis une vraie garce derrière mon instagram 😂😂 tu y crois hein dit 😁 j’ai beaucoup aimé ton article, c’est très profond et juste à la fois. 😊 Après dans les personnes qui montrent du « vrai », il y aussi des personnes qui vont montrer pire que ce qu’elles sont. Je trouve ça triste d’en arriver là. C’est tellement bien d’être soi même et d’être apprécié pour ce qu’on est et pas pour faire plaisir à x ou y. Mais là, c’est un autre niveau de conscience. Bisous ma cherry 😘

    1. HAHAHA garce démasquée ;p Merci pour toutes tes inspirations, ta réalité, ton énergie positive sur instagram, on en veut plus des influenceuses comme toi ! <3

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