Aliment doudou : cet aliment qu’on ne peut s’empêcher de dévorer

Nous avons tous des aliments un peu fétiches selon nos goûts personnels : les biscuits du goûter, les chips de l’apéro, le fromage… Des produits très gourmands qui nous font saliver d’avance. Mais parfois, un aliment prend plus d’ampleur et devient un Graal absolu : impossible d’en manger sans finir le paquet ou le pot. Et le pire, c’est qu’en prime, c’est souvent un aliment très gras ou sucré, dont on ne devrait pas abuser pour notre ligne et notre santé en théorie. Pourquoi a-t-on des aliments doudous et comment leur redonner leur place de simple aliment plaisir ?

LA RESTRICTION PHYSIQUE

Une cause très fréquente de compulsion envers un aliment, c’est l’impossibilité de le manger. Par exemple, vous avez toujours adoré les bonbons ou le chocolat mais vous n’en aviez pas à la maison ou pas le droit d’y toucher quand vous étiez plus jeune. Dès lors, vous n’aviez que de rares occasions de savourer cet aliment à l’extérieur, chez les copains, les grands-parents, à des occasions particulières… et déjà tendance à vous ruer dessus car vous saviez que vous n’en reverriez pas de sitôt. Autre cas, c’est un aliment difficile à dénicher dans votre coin, auquel vous avez rarement accès pour des raisons pratiques aussi vous tenez à en profiter au maximum quand vous en avez. Être gourmand n’est pas bien grave, manger à s’en rendre presque malade est plus problématique en revanche. Enfin, cet aliment vous a peut-être été interdit par des professionnels de la nutrition dans le cadre d’anciens régimes. « Pas de soda », « pas de Nutella », « fini les chips à l’apéro ». Vous n’y avez plus touché pendant des mois, suivant votre programme en bonne et due forme, avant d’en avoir marre et de craquer. Ou peut-être craquiez-vous même parfois pendant votre programme, quand ces aliments se retrouvaient par hasard devant vous lors de sorties ou de vacances et ça finissait en carnage.

La restriction physique est caractérisée par la peur de manquer. Cet aliment est associé à un sentiment de privation, de rareté. Et comme pour les diamants, sa dimension rare augmente sa valeur à vos yeux. Vous avez idéalisé cet aliment à force d’en être privé et vous gardez toujours en vous cette peur viscérale d’en manquer, de ne plus pouvoir en profiter.

LA RESTRICTION MENTALE

Autre cas de figure, vous avez toujours eu globalement accès à cet aliment qui vous fait tend de bien. En revanche, vous vous forcez à vous en passer parce que vous estimez qu’il n’est pas bon pour vous : pas sain, trop gras, trop sucré, trop industriel… Vous considérez qu’il est mieux de vous en passer le plus possible et pour cause, vous le dégommez dès que vous croisez sa route donc vous avez bien raison de le fuir. Vraiment ?

Ici, la restriction ne découle pas de conditions pratiques ou de contraintes par d’autres personnes mais bien de votre esprit. Votre raison qui vous pousse à « faire attention » et votre coeur qui vous répète que c’est quand-même « si bon ». Un cas classique que j’ai personnellement vécu, c’est le concept de « cheatmeal » à savoir un repas plaisir sur la semaine et le reste super sain, généralement dans le cadre d’une pratique de la musculation. Mon cheatmeal préféré, c’était tartiner du Nutella sur quelque-chose. De la pâte à tartiner, le truc gras et sucré par excellence, le mal absolu. Au début je prenais des crêpes ou des tartines au Nutella une fois toutes les deux semaines. Puis toutes les semaines. Puis un peu à la cuillère aussi. Puis tous les 5 jours. Puis la moitié du pot à chaque coup. Tout ce processus s’est étalé sur deux ans, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain certes. Mais me priver délibérément de cet aliment au quotidien m’a rendue complètement compulsive dessus, je voulais m’en gaver car j’accumulais du manque et je me disais qu’après je ne devrais plus y toucher pendant des jours. La restriction mentale tient un certain temps mais a toujours une date limite, un stade où le cerveau ne peut plus gérer cette restriction. Parfois elle pète toute seule, parfois ce sont les occasions mondaines qui font péter les barrières. Qui veut vraiment vivre dans le contrôle toute sa vie ?

LE RÉCONFORT ÉMOTIONNEL

Dernier cas de figure, l’aliment qui apporte un réconfort psychologique pour ce à quoi il est associé : un cake de grand-maman, les lasagnes de papa quand la famille était réunie, le camembert du copain de jeunesse aux pré-soirées avec la bande, les biscuits de votre enfance quand tout était plus facile… Ces aliments sont certes bons mais surtout, ils vous évoquent un sentiment de sécurité, de bien-être. Ils sont chargés d’émotions, de souvenirs et vous ramènent le temps d’une bouchée à des temps plus heureux ou dont vous êtes en tout cas nostalgiques. Et vous n’êtes jamais rassasié de bons souvenirs quand le moral est en berne.

FAIRE LA PAIX AVEC SON ALIMENT DOUDOU

La première étape à faire est de renouer avec votre aliment fétiche et de lui faire honneur. S’il doit refaire partie de votre vie d’une façon ou d’une autre, autant le faire bien. Dans mon cas, moi très adepte des bons produits, je me tournais vers du Nutella pour mes compulsions en me disant : »A quoi bon investir dans un bon produit si c’est pour le dégommer ? » J’allais au plus simple. Depuis, j’ai investi dans de la qualité : du Nocciolata ou du Georgelin, des alternatives bios, sans huiles de palme et aux compositions plus qualitatives, avec un goût plus intense. Vous êtes adepte du fromage ? Chopez le bon vrai camembert du pays. Vous ne résistez pas au cake ? Direction la boulangerie artisanale ou les fourneaux pour un cake maison 4 étoiles. Tant qu’à vous faire plaisir, faites-le bien.

Cette notion de qualité vous permettra ensuite de savourer plus lentement votre aliment doudou : vous en voulez ? Prenez-le. Mais ne l’engloutissez pas. Savourez-le, sentez sa texture (Craquante ? Fondante ? Crémeuse ? Croustillante ?), ses saveurs, sentez-le sous vos dents, sur votre langue, descendre dans votre œsophage. Apprenez à l’apprécier calmement, à retrouver le goût de cet aliment que vous dévorez sans mesure. Cela vous aidera à déceler le moment (parce que oui, même en crise compulsive il y en a un), où le plaisir n’est plus aussi optimal. Ou un très légère sensation d’écœurement se présente, même si cela reste bon au goût. Vous venez d’atteindre le point de satiété, votre corps a eu assez.

Il est temps de refaire une place à cet aliment si effrayant et si désirable dans votre vie. Un exercice particulièrement efficace, préconisé par Zermati, c’est de consommer cet aliment à chaque repas pendant plusieurs jours (4 à 7). Prenons le chocolat par exemple. Vous ne pouvez pas choper un carré sans finir la tablette ? Faites-en votre repas. Faites-en tous vos repas pendant quelques jours, au petit-dej, au lunch, au goûter, au diner. Savourez-le à fond, prenez les chocolats que vous préférez. La seule condition est la suivante : arrêtez-vous à chaque repas quand vous n’avez plus faim, que l’estomac devient lourd, que le plaisir devient plus faible pour céder place à un peu d’écœurement. Jusqu’au au moment où vous aurez de nouveau faim et reprendrez du chocolat.

Pourquoi cet exercice ? Pour vous montrer déjà qu’en respectant votre faim et votre satiété, vous ne prenez pas forcément de poids. 400 kcal de chocolat ne sont peut-être pas top pour la santé mais ne vous feront pas plus grossir que 400 kcal de salade. Vous avez le droit de vous faire plaisir sans vous inquiéter. Ensuite, pour vous apprendre à dédiaboliser cet aliment. Vous vous en sentez privé ? Faites-vous plaisir, mangez-le pendant des jours, cassez vos restrictions, retrouvez la joie de le manger. En sachant qu’une fois l’exercice fini, vous pourrez encore en remanger quand l’envie et la faim se présentent. Souvent, les premiers jours de cet exercice sont une véritable orgie : la joie de se lâcher fait place à tous les excès. Puis au fil des jours, le plaisir n’est plus aussi intense, la lassitude arrive. Pour même rêver de légumes ou de produits frais ! Parce que cet aliment si diabolique n’en est plus un. Il n’est plus si « spécial » et vous savez que quand vous en voulez, vous POUVEZ le manger. Vous n’en manquerez plus jamais par conséquent vous ne ressentez plus ce besoin irrépressible de le dévorer.

A l’époque où je faisais encore des coachings particuliers, un de mes clients avait une légère addiction à l’ice-tea. L’en couper complètement était la porte assurée vers les compulsions. Je lui ai donc conseillé d’en boire un petit verre chaque jour, en prenant le temps de l’apprécier et le savourer. Mon client a fini par espacer de lui-même les prises de soda car il ne ressentait plus l’envie d’en consommer autant. Il s’en prenait un verre deux-trois fois par semaine à tout casser, parce qu’il savait que s’il en voulait, il pouvait. Et ça, ça changeait tout. Il vaut mieux apprécier un aliment « malsain » en quantité modérée régulièrement que chercher à s’en passer à tout prix et en dévorer des tonnes d’un seul coup. Outre la pression et la frustration mentale, c’est très agressif pour le corps. Faites-vous confiance, vous saurez reconnaitre vos limites si vous dépassez votre peur et vos restrictions.

De mon côté, j’ai réintroduit une cuillère de pâte à tartiner sur mon porridge chaque matin pendant un an, avec grand plaisir. Et finalement, depuis un mois, j’ai changé de petit-dej pour des flocons nature avec des éclats de chocolat extra noir, soit très simple et quasi pas sucré. Je me suis lassée, mais j’apprécie toujours une bonne tartine au Nocciolata de temps en temps quand l’envie se pointe.

En ce qui concerne la nourriture émotionnelle, seul un travail psychologique pourra permettre de palier à ces phases de désarroi, avec l’accompagnement d’un professionnel. Néanmoins, débuter une activité pour palier à la nourriture peut être une grande aide. Personnellement, c’était la cigarette qui était mon réconfort émotionnel pendant 4 ans. Jusqu’à ce que je la remplace par le sport pour gérer mon anxiété de façon plus saine, m’ouvrant aussi à un nouveau cercle social du même coup. Ne vous découragez pas ! Pour quelques premières pistes sur l’alimentation émotionnelle, je vous invite à consulter mon article sur le sujet.

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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