Pilule masculine : quelles perspectives pour une contraception mieux partagée ?

Des essais récents pour une pilule contraceptive masculine se sont avérés plutôt encourageants. Ce sont en effet les déclarations d’une équipe de chercheurs Américains au congrès annuel de l’Endocrine Society à la Nouvelle-Orléans, le 24 mars dernier. La recherche d’une contraception masculine ne date pas d’hier mais elle a largement été supplantée par le développement des contraceptions féminines. S’il est vrai que les conséquences nous tombent dessus au final, la responsabilité initiale de se protéger d’une grossesse non désirée est une affaire qui concerne deux personnes.

UNE RÉVOLUTION EN MARCHE

Dès les années 60, diverses approches ont été timidement abordées concernant la contraception masculine : injections de testostérone, slip chauffant pour tuer les spermatozoïdes… Des idées plutôt pertinentes, visant à bloquer les canaux libérant le sperme ou à élever la température des testicules pour inactiver les spermatozoïdes, mais peu abouties. C’est le mois passé qu’une petite révolution s’est effectuée avec un essai concluant pour une pilule masculine combinant un progestatif, de l’androgène et de la testostérone modifiée. Les chercheurs ont testé l’efficacité de celle-ci sur 28 jours, avec 40 volontaires. Quelques effets secondaires ont pu être notés chez certains, similaires à ceux encourus par les femmes (baisse de libido, acné, fatigue, maux de tête…) mais une bonne tolérance générale a été observée. Il faut également noter que les effets secondaires ont disparu dès l’arrêt de la pilule après 28 jours.

Il faudra toutefois bien plus que ce premier test pour valider cette pilule révolutionnaire. Baptisée 11-beta-MNTDC, elle n’est encore qu’au premier stade de son développement. Il faut deux à trois mois pour que la pilule ne stoppe complètement la production de spermatozoïdes, aussi des tests supplémentaires seront requis pour la valider sur la continuité. Une précédente pilule avait déjà été mise en place l’an passé par la même équipe, pour élargir le champ des possibles. « Le but est de trouver le dosage le plus efficace avec le minimum d’effets secondaires », a expliqué Stephanie Page, co-dirigeante de l’étude avec Christina Wang. « Nous développons ces deux pilules en parallèle afin d’essayer de faire progresser le champ de la médecine contraceptive ». Les deux pilules devront être testées sur du long terme puis sur des couples sexuellement actifs. D’après Christina Wang, il faudra encore une bonne dizaine d’années avant de voir sur le marché une pilule masculine sûre et réversible.

LE DÉBAT DES HOROMONES ET DE LA RESPONSABILITÉ

Si 62% des hommes français se disent prêts à prendre une pilule contraceptive d’après le sondage de l’Insitut CSA, la réalité du terrain est plus compliquée. Beaucoup de femmes restent sceptiques sur l’attribution de cette responsabilité à leur partenaire sachant que ce seraient elles qui subiraient les conséquences d’un manque de rigueur dans la prise de la pilule. Pas mal de femmes ont déjà du mal à s’astreindre à leur prise quotidienne bien que cela les concerne (oubli, vomissements, diarrhées…), les hommes seront-ils consciencieux ? Malgré tout, si la question de la confiance joue un rôle primordial dans ce débat, il en va de même lorsque la femme porte la responsabilité : l’homme lui fait également confiance pour éviter au maximum, dans la mesure du possible et avec le meilleur sérieux, une paternité surprise. Il conviendrait donc à chaque couple d’aborder la question à deux, les efforts et risques que chacun est prêt à prendre pour envisager cette possibilité.

Il faut également rappeler que l’angoisse d’une grossesse surprise n’est pas que l’appanage des femmes. Certains hommes peuvent être intéressés par l’idée d’une double contraception ou en tout cas d’une sécurité de leur côté, que ce soit en couple ou lors de relations légères ou histoires d’une nuit. Même si la pilule est loin d’être parfaite, elle assure quand-même une certaine liberté d’esprit à ce niveau que nous méritons tous au final.

Un point qui me laisse plus dubitative personnellement, c’est la question des hormones, qui fait déjà tant débat du côté des femmes. Si la pilule était (et est encore trop) souvent considérée comme inoffensive, les études et témoignages ces dernières années ont mis en évidence de nombreux effets néfastes à court ou long terme : baisse de libido, sécheresse vaginale, prise de poids, migraines, fatigue, dépression… Si certaines femmes la tolèrent très bien, ce n’est pas le cas de toutes et plus la prise dure dans le temps, plus les effets secondaires sont susceptibles d’apparaitre ou de s’intensifier. Que dire également des difficultés à l’arrêt pour beaucoup ? La remise en marche du système reproducteur n’est pas sans conséquences : rebond d’acné, douleurs utérines, cycles anarchiques, perte de cheveux… Pour beaucoup, le sevrage est loin d’être une partie de plaisir et il n’y a encore aucun accompagnement sérieux dans l’arrêt de la pilule.

Proposer cette option aux hommes, en connaissance des dommages potentiels que cela peut causer, ne me semble pas idéal. A titre personnel, je préfèrerais que la science se concentre sur des méthodes mécaniques plus efficaces et plus naturelles, qui entravent le moins possible le fonctionnement du corps, tant pour les femmes que pour les hommes. Quoiqu’il en soit, une femme n’est pas l’autre, un homme n’est pas l’autre et comme dit plus haut, on peut aussi très bien tolérer la pilule. Et au-delà même de la tolérance au comprimé, il y a surtout la possibilité de choisir : si certains hommes préfèrent la prendre, en dépit de certains effets secondaires car ils se sentent plus en sécurité ainsi – comme beaucoup de femmes le font d’ailleurs – cela reste un droit qu’on devrait leur accorder. En conclusion, la contraception est l’affaire de tous et il n’y a pas encore, aujourd’hui, de méthode parfaite mais avec la communication au sein du couple/duo, le respect du corps et des limites de chacun et la liberté de choisir, nous avancerons doucement vers une sexualité plus épanouie pour tous.

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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