Victoria’s Secret : Barbara Palvin jugée « plus size » ou quand le monde déraille

Le dernier défilé Victoria’s Secret fut l’occasion d’introduire sa nouvelle égérie de renom, Barbara Palvin, notamment célèbre pour ses superbes pubs Guerlain. Pétillante et sensuelle, la jolie brune se distingue très légèrement de ses compatriotes aux ailes d’anges par des hanches un poil plus marquées et des cuisses et fesses un soupçon plus voluptueuses. Il n’en fallait pas plus pour que les trolls du net la jugent trop « grosse » ou au contraire l’encensent comme le premier « mannequin plus size de Victoria’s Secret ». Et pourquoi ne pas dire que Céline Dion chante faux tant qu’on y est ?

LES CONSÉQUENCES D’UN LAVAGE DE CERVEAU MÉDIATIQUE

Irréaliste ? Stupide ? Certes, et pourtant, cette réaction n’est pas si surprenante que cela, même si elle n’en est pas moins déprimante. Depuis les années 2000, l’univers de la mode met en exergue des mannequins à la taille zéro, dont beaucoup ont révélé la pression ambiante du milieu pour s’affamer : laxatifs, pommes, lavements, vomissements… Tout est bon pour rentrer dans la taille 32 aux fashion weeks, sauf penser à faire des vêtements adaptés à des femmes d’un mètre 80. Des couturiers comme Karl Lagerfeld, récemment décédé, n’ont eu cesse de rabâcher que la mode est réservée aux femmes maigres et que toute personne au-dessus du 32_34 est grosse et jalouse. Quand tout l’univers de la beauté et les médias nous montrent sans cesse des images de femmes retouchées, maigres mais aux os masqués, à la peau lissée, avec des côtes apparentes mais des (faux) seins, le commun des mortels peut perdre le sens des réalités. C’est simple : à force de voir des images irréelles de maigreur, certains finissent par l’associer à une normalité.

Désormais, quand une femme comme Barbara Palvin a un bout de hanche qui dépasse de son string ou les cuisses qui bougent un peu en marchant, cela parait anormal. Parce que c’est une femme et non une image de papier glacé figée, avec de la chair, du muscle, un peu de gras, comme tout le monde. Barbara Palvin pèse 54 kilos, elle a un corps sain, travaillé, athlétique et qu’elle entretient avec rigueur car c’est son outil de travail. Elle est loin de représenter n’importe quelle femme lambda !

CRÉER DES IDÉAUX INATTEIGNABLES

Ce que l’on peut constater au fil de ce type de polémiques, c’est que les idéaux inaccessibles ont encore de beaux jours devant eux. Mais pourquoi la société s’évertue-t-elle à créer des fantasmes aussi compliqués ? Pourquoi certaines personnes se sentent-elles menacées face à des mannequins plus proches du commun des mortels ? Parce que la mode et le luxe reposent sur la rareté : ne pas être accessible à tout le monde. Créer du « fantasme » comme disait justement le directeur de Victoria’s Secret lorsque le manque d’inclusion de mannequins plus size ou transgenres lui était reproché. Beaucoup de marques, comme beaucoup de personnes, se positionnent encore comme prestigieuses par leur élitisme, qu’il soit néfaste ou non.

Lorsqu’être rond signifiait être riche il y a deux siècles, les canons de beauté exigeaient des formes et des femmes voluptueuses. Maintenant que l’abondance et la surconsommation sont les fléaux de notre société, la maigreur et le minimalisme sont imposés pour se distinguer, pour montrer du « contrôle ». Comme s’il fallait à tout prix s’élever au-dessus de la masse. Personnellement, je trouve très plaisant de faire partie du commun des mortels. Accepter la diversité, c’est accepter que chacun peut s’élever et se sentir beau sans que cela ne diminue l’autre. Ce n’est pas parce qu’on met un mannequin rond en avant qu’on implique qu’un mannequin mince est de facto moins beau et vice-versa. Comme j’en parlais dans mon article sur la presse féminine, la mode et la beauté n’ont pas d’intérêt à nous faire sentir bien dans notre peau : on n’achèterait plus ou en tout cas différemment. Pousser les femmes à se voir comme des concurrentes, des rivales, à se hisser dans des standards avec la course à la minceur, au look branché, au contouring parfait, c’est les conforter dans une insécurité qui les rend dépendantes à la consommation. Le jour où toutes les marques pourront célébrer tous les corps et toutes les personnalités, où nous pourront nous sentir bien dans notre peau sans nous comparer et nous évaluer à l’échelle des autres, le monde sera un peu plus beau. Et les esprits un peu plus sereins.

PS: Barbara, you are perfect the way you are 

© Dailymail
About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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