Pourquoi sommes-nous obsédés par le healthy ?

Jamais nous n’avions autant entendu parler d’alimentation saine, de fitgame, d’avocado toasts et de régimes « sans ». Le healthy est un sujet prédominant sur la toile et en société depuis ces 5 dernières années et il continue de générer des millions de posts de plats maison sur les réseaux sociaux à grand renfort de hashtag « eatclean ». Pourquoi tant d’enthousiasme mais aussi tant de dérives ? Qu’est-ce qui nous pousse donc à nous préoccuper à ce point de ce que nous mangeons ? Décortiquons le phénomène ensemble.

UN PHÉNOMÈNE RÉCENT

J’ai grandi à coup de tartines au Nutella au petit-déjeuner, de danettes en dessert et de plats mélangeant préparations maison et aliments transformés. Ce n’était ni particulièrement sain, ni particulièrement nocif, c’était même plutôt la norme. On ne se posait pas beaucoup de questions sur les apports nutritionnels à l’époque. Petite, je savais grossomodo qu’il fallait limiter les sodas, le fastfood et les produits sucrés pour ne pas prendre de poids et que ce n’était « pas bon pour la santé ». Mes connaissances se limitaient à ça et c’est plutôt pas mal comme philosophie.

Au fil de mon adolescence dans les années 2000, des produits « light » ont commencé à émerger : des yaourts allégés, des biscuits au canderel, des céréales plus riches en fibres aux dénominations fitness… Hollywood commençait doucement à tendre vers la taille zéro et la tendance des mannequins faméliques et l’explosion du light a suscité des premiers questionnements. Peut-être mangions-nous trop gras, trop sucré ? Les doutes étaient lancés mais c’était encore loin de faire l’unanimité. D’autant qu’après, il y a eu le boom « anti-light » avec la mise en lumière des méfaits de l’asparthame, du fait que les produits allégés calent nettement moins, que le sucre est compensé par du gras et vice-versa. Personne n’était franchement convaincu plus que ça.

Au final, c’est après mes études que les notions de nourriture végétale, fibres, aliments non transformés, antioxydants ont commencé à émerger autour de moi, timidement. Les reportages sur les dessous de l’agroalimentaire ont commencé à se multiplier à la télé, la nocivité de l’huile de palme, des huiles raffinées, des plats préparés, des céréales raffinées et des additifs a été pointée du doigt. Les scandales alimentaires y ont contribué. Avec l’affaire de la viande de cheval dans les lasagnes, les gens ont commencé à se demander ce qu’ils mangeaient vraiment, à observer les étiquettes, à se préoccuper plus de ce qu’ils mettaient dans leur corps.

En parallèle, les études annonçaient une augmentation continue de l’obésité, des maladies cardiovasculaires, de la tension, du diabète, des maladies chroniques, des cancers… Je me souviens encore de ce journal dans le métro belge annonçant un déclin sérieux de la santé générale cette décennie. « Les jeunes vivront moins vieux que leurs parents. » Alors la quête de l’alimentation parfaite a démarré autour du monde, progressivement. Que manger pour être en parfaite santé ? Que manger pour garder la ligne sans se priver ?

Les vidéos youtube et les influenceurs ont explosé, les théories en même temps. Bio, vegan, paléo, sans gluten, sans lactose, sans sucre, macros, indice glycémique… Si certains de ces types alimentaires sont suivis purement par conviction éthique ou allergies/intolérances, ils le sont également par une flopée de gens en quête d’une santé et d’un physique au top. Et chacun tient à défendre sa croix, affirmant détenir la solution ultime. L’études des « Zones bleues » montre qu’il existe plein de façons différentes de se nourrir pour vieillir longtemps et en bonne condition mais certains n’en démordent pas. Bref, depuis quelques années donc, on prépare son porridge bio, on cherche la pâte à tartiner sans huile de palme, le riz complet, les steaks de soja et le boeuf élevé en plein air.

UNE PRISE DE CONSCIENCE À L’EXTRÊME

Je me souviens m’être dit il y a deux ans, en plein dans le boom du healthy : « il était temps ! » Il était temps qu’on prenne conscience des arnaques et des dérives de l’industrie alimentaire quand on voit jusqu’où ils peuvent aller. Dans un monde idéal, on pourrait manger de tout sans s’inquiéter. Il n’y aurait pas de pizzas aux fromages sans vrai fromage, de frites MacDo à 15 ingrédients dont 10 additifs, de jambon bourré de nitrites ou de céréales soi-disant sportives ultra sucrées. Prendre conscience de ce qu’on mange, c’est une bonne chose dans un monde où on ne peut pas faire confiance aux industriels. C’est évaluer les options, en avoir pour son argent, avoir des apports nutritionnels de valeur, encourager des modes de production et d’élevage plus respectueux. Alors à quel moment se préoccuper de ce que nous mangeons va trop loin ?

UNE OBSESSION DU CONTRÔLE

Gérer un couple, un boulot, des enfants, des proches, des projets… La vie d’adulte est pavée d’obligations et de responsabilités sur lesquelles on a plus ou moins d’emprise. Se rabattre sur son corps pour avoir un sentiment de contrôle sur sa vie est donc extrêmement fréquent et le déclencheur de beaucoup de TCA. C’est un peu ce que promeuvent les influenceurs stars du milieu : changez vos assiettes et tout ira mieux ! Vous êtes mal dans votre peau ? Votre boss vous met la pression ? Vous êtes dépassée par vos enfants ? Vous vous sentez débordée ? Mangez un porridge bio au lait de coco et faites une heure de yoga et tout ira bien.

Se sentir bien dans sa tête, bien dans son corps, c’est une vérité. Avec plus d’énergie, de meilleurs apports, on gère mieux la fatigue, on est moins sensible à l’irritation, on a plus d’entrain, on est plus résistant. Prendre soin de ce qu’on mange, c’est bon pour le moral et la santé. Ca ne l’est plus quand ça quitte son rôle de simple besoin physiologique et plaisir social pour devenir une contrainte. Passer la moitié de la journée à réfléchir à ce qu’on va/peut/doit manger n’est pas normal. Prenons un autre besoin primaire : se doucher. C’est bon, c’est hygiénique, ça détend, ça lave le corps. On peut guetter ce moment avec impatience, choisir des produits naturels non agressifs pour la peau pendant les courses, éventuellement se dire un instant au bureau qu’on se ferait bien un bain parfumé ce soir. Mais si on commence à réfléchir non stop dans la journée au moment de se doucher, à comment purifier l’eau pour limiter le calcaire, aux produits utilisés, à la quantité d’eau utilisée, si on doit faire un shampoing ou pas… Le plaisir devient une obsession.

La nourriture est un carburant, c’est important de choisir du bon carburant, dans l’ensemble. On ne s’en sentira que mieux. Mais ça ne reste que du carburant. Pour avoir confiance en soi, il vaut mieux faire une thérapie. Pour régler ses problèmes au boulot, il vaut mieux discuter avec l’équipe. Pour gérer les enfants, il vaut mieux mettre des règles en place ou les déposer un week-end chez mamie pour déconnecter. Non, la nourriture n’est pas la réponse à tout !

UN BESOIN D’IDENTIFICATION ET DE RECONNAISSANCE

Avant, il y avait MTV et les chanteuses ou les actrices. Maintenant, il y a les influenceuses aka blogueuses/youtubeuse/posteuses de photos. Quiconque peut en devenir une, en respectant quelques codes. Or être un modèle, ça peut faire rêver. Moi-même, lorsque j’étais à fond dans mes régimes sans sucre/macro/bodybuilding, j’étais très heureuse de partager et inspirer du monde avec mes recettes. Mais au fond, ce n’était pas tant la nourriture que je postais qui me procurait cette satisfaction mais le sentiment de reconnaissance. D’être un « modèle », une « coach », d’être dans le clan de celles qui gèrent, qui ont tout compris.

On s’attache à l’image que l’on va dégager et la tentation de se faire valoir en adoptant l’ultra-contrôle, dans une société dictée par les régimes et l’obsession du poids et de la maitrise. Et on évite soigneusement de poster la crêpe au Nutella du dimanche avec les potes, ou alors on précise bien le hashtag « cheatmeal » parce que grand Dieu, nous nous contrôlons, ce n’est pas du tout ce que vous croyez ! Il n’y a aucun mal à aimer cuisiner et partager ses idées, tant que c’est pour le plaisir de partager. Nous ne sommes ni mieux, ni moins bien qu’une autre parce que nous mangeons une salade de quinoa aux pois chiches plutôt qu’une part de quiche à la brasserie du coin. La nourriture est un plaisir, un besoin et non un faire-valoir, rappelons-le nous toujours. Nous ne sommes pas ce que nous mangeons, nous sommes ce que nous aimons.

UNE PRESSION SOCIALE

Ce n’est pas un scoop, le corps et l’image de la femme ont toujours été associés au contrôle au niveau sociétal, quels que soient les codes du siècle ou de la décennie en question. Le corps parfait et le contrôle de soi sont tellement mis en avant à notre époque qu’on peut vite rêver de se rapprocher de ses fitgirls sans cellulite (photoshopées) ou cette maman de deux mois qui a déjà retrouvé un ventre plat. On dit plus facilement d’une femme de 50 ans qui a brillamment réussi sa carrière « qu’est-ce qu’elle est restée belle et fait jeune » que « quelle carrière ». Et si son physique s’est dégradé, elle prend cher. Il suffit de regarder les remarques sur Brigitte Bardot qui se serait « laissée aller ». Il faudrait être sur tous les fronts : être belle, être active, être séductrice, cuisiner bio et sain, préparer des goûters maison sans gluten aux enfants, avoir tout sous contrôle ad vitam eternam.

Et si une femme belle et épanouie, c’était plutôt une femme qui s’écoute et qui trouve un juste équilibre entre prendre soin de soi et lâcher un peu prise ? Une femme bien dans sa peau, qui prend soin d’elle dans la mesure du possible tout en profitant de la vie ? Manger sain n’est pas un gage de se sentir bien dans sa peau. Cuisiner sain n’est pas un gage d’être une compagne respectueuse ou un mère aimante. Manger sain n’est pas un gage d’être passionnée et appliquée dans le travail. Ce que nous mangeons ne nous définit pas en tant que femme, ce n’est qu’un outil pour appréhender le quotidien avec plus de santé et convivialité. Un outil sacrément délicieux !

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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