Enfants et jeunes en surpoids : quand les parents créent les complexes

La majorité des enfants et adolescents mange en conséquence sans trop de soucis, les besoins caloriques étant importants à cette période. Mais pour diverses raisons, certains peuvent développer un surpoids et beaucoup de parents paniquent face à cela. Depuis 10 ans que je parcours les forums sur les TCA, le surpoids et l’image au corps, je constate trop souvent que les parents ont régulièrement un impact très négatif sur la situation de leurs enfants. Pire, parfois ils les mènent sans le savoir vers l’obésité. Remontrances, régimes drastiques, remise en question… Souvent, l’envie de bien faire peut avoir de lourdes conséquences sur l’estime des jeunes et leur courbe de poids, dans le mauvais sens. Abordons les erreurs typiques qui peuvent détruire la confiance en soi, perturber le comportement alimentaire voire aggraver le surpoids.

CRÉER UN PROBLÈME LÀ OÙ IL N’Y EN A PAS

Le premier point important, c’est qu’un petit surpoids n’est pas forcément grave. De tous temps, il y a eu des gens petits, grands, minces, maigres, ronds, robustes… Certains ont une prédisposition à être un peu plus gros par leur génétique ou même par leur gourmandise un chouilla trop prononcée. Tant que le surpoids est modéré et ne s’intensifie pas, ce n’est pas forcément un problème. Tous les enfants ronds ne sont pas complexés. Certains se sentent assez bien dans leur peau, jusqu’à ce que les proches leur scandent que c’est extrêmement grave, que c’est moche, qu’il FAUT faire quelque-chose. Faut-il vraiment faire quelque-chose ? La santé de votre enfant est-elle vraiment en jeu, y a-t-il de mauvaises habitudes à changer, a-t-il seulement envie de changer et de perdre du poids ?

PROJETER SES PROPRES COMPLEXES

Si beaucoup de parents surréagissent lorsque leur enfant prend un peu de poids, c’est très souvent parce qu’ils projettent dessus leurs propres complexes. Parfois parce qu’ils ont connu ou connaissent le surpoids, parfois parce qu’ils ont un idéal physique en tête dont ils rêvent pour leur progéniture. Il est essentiel de compartimenter les craintes et de garder à l’esprit que l’enfant n’est pas un prolongement de soi. Ce n’est pas parce qu’on a mal vécu d’être en surpoids ou qu’on connait des personnes dans ce cas que ce sera forcément le cas pour lui. Ce n’est pas parce qu’on préfère un ventre plat ou une silhouette menue que tout le monde préfère cela et qu’un enfant plus rond n’est pas beau. Lui imposer vos canons de beauté et vos peurs, c’est lui faire porter votre propre fardeau.

CRITIQUER SON PHYSIQUE

Trop de gens pensent encore, à tort, qu’attaquer quelqu’un est un bon moyen de générer un électro-choc. En vérité, il n’y a pas plus motivé à prendre soin de soi que quelqu’un qui se sent bien dans sa peau, aimé et respecté tel qu’il est. Vouloir secouer un enfant ou un ado en critiquant son physique, en l’insultant, en lui disant qu’il est moche ou que telle partie de son corps l’est, qu’il ne trouvera personne ainsi… C’est lui donner l’idée que non seulement ses proches, qui devraient l’aimer inconditionnellement, ne l’aiment pas tel qu’il est – et comment s’aimera-t-il lui-même alors ? – mais aussi détruire toute once de confiance en lui.

Il n’y a rien de plus destructeur que d’être critiqué sur ce qu’on est, sur des critères superficiels, par ceux qui sont censés nous soutenir. Surtout à un âge très vulnérable où l’image compte beaucoup, où on veut se sentir accepté par les copains et où on se construit comme individu. Dire à votre enfant que vous l’aimez tel qu’il est, qu’il sera toujours beau à vos yeux, que vous croyez en lui, ce n’est pas l’encourager au surpoids. C’est simplement l’accompagner vers une meilleure hygiène de vie en lui donnant de la force et de l’amour.

FAIRE DES REMARQUES OU DES DIFFÉRENCES À TABLE

Le sentiment d’impuissance que peuvent ressentir certains parents face au surpoids de leur enfant peut amener une certaine culpabilité et l’envie de le contrôler. Démarrent alors les petites réflexions autour des repas : « tu en as déjà eu assez », « ne te ressers pas », « ce n’est pas comme ça que tu vas maigrir », « ce n’est pas pour toi »… Ces remarques face à un enfant ou un ado qui ne maitrise pas forcément ses sensations alimentaires et sa faim sont vécues comme une humiliation. Manger est un de nos besoins les plus primaires, s’en voir écarté, de façon publique, peut être extrêmement frustrant et stressant. Toute discussion avec un jeune autour de son poids et de son image devrait être faite en tête à tête, en privé, et non devant toute la famille.

Le pire étant que parfois, les frères et soeurs se voient octoyer des portions plus grandes ou des desserts parce que « eux, ils peuvent, ils ne sont pas gros. » Imaginez-vous un moment célébrer un pot de départ avec vos collègues préférés et que quelqu’un dise tout haut, devant tout le monde : « pas de Champagne pour toi, tu as déjà une bonne descente ». Alors que la personne a côté est complètement saoule. Ne vous sentiriez-vous pas humilié, jugé en public ? Mais surtout, ne sentiriez-vous pas deux poids, deux mesures ? Il ne peut y avoir de différence de traitement dans une fratrie. Soit on impose une hygiène de vie à tout le monde, soit on autorise des plaisirs à tout le monde. Le poids d’un enfant ne repose pas sur le fait qu’il ait une Danette ou non en dessert mais sur un équilibre alimentaire global qui inclut des plaisirs et une activité physique. Laissez-le donc manger sans lui faire passer une inspection digne de la CIA. Il est très important pour son développement et son comportement alimentaire d’associer le repas à un moment de plaisir et de détente et non de stress. Dans le cas contraire, c’est typiquement là qu’on voit se développer des problèmes d’anorexie, boulimie, des compulsions et grignotage en cachette…

NÉGLIGER LE MENTAL

Au même titre que certains fument pour évacuer le stress, prennent un apéro pour décompresser ou grignotent un chocolat pour se remettre d’une réunion, les enfants aussi peuvent évacuer des émotions à travers une addiction. Au lieu de vous pencher directement sur les aspects physiologiques, commencez par réfléchir à comment se sent votre enfant. Il grignote tout le temps : est-ce qu’il s’ennuie ? Est-ce qu’il est stressé ? A-t-il des problèmes à l’école ? Manque-t-il d’amis, d’occupations ? Est-il déprimé ? Quelle est l’ambiance à la maison ? Y a-t-il un divorce en cours, un décès, une épreuve en ce moment ? Il serait un tort de penser que seuls les adultes peuvent manger par émotion et que les enfants ne mangent que par gourmandise. Ce processus de tempérer son état d’esprit à travers la nourriture s’installe très très tôt et il suffit parfois d’un peu d’attention et d’écoute pour y remédier.

LE METTRE AU RÉGIME SEC

D’après les chiffres du G.R.O.S., 85% des régimes chez les adultes sont un échec. La privation, le contrôle continu, le manque de spontanéité arrivent à bout de la majorité des adultes responsables. Alors imaginez comment un enfant y réagira. Comme l’explique le docteur Zermati, promoteur de l’écoute des sensations alimentaires et contre les régimes, « L’alimentation occupe le champ mental, pas seulement trois fois par jour pendant les repas mais aussi pendant les courses, à chaque fois que l’on passe devant de la nourriture puisque l’on se demande si l’on peut ou pas, et dans quelle quantité. Le cerveau n’est pas conçu pour : s’il fait ça, c’est au détriment d’autre chose. Il y a donc une usure du contrôle : même pas besoin de facteur déclenchant, on s’arrête par épuisement. »

Un problème de surpoids a deux origines fondamentales : la qualité de l’alimentation ou sa quantité. Si la qualité pose un problème, c’est le rôle des parents d’adopter une cuisine plus saine avec des assiettes bien composées, de proposer des encas moins junk, d’éviter les sodas, d’acheter des aliments non transformés et peu addictifs. Cela demande une remise en question d’un bout de l’éducation que vous inculquez, ce qui peut être effrayant, voire vexant mais il y va de la santé de vos enfants. Et le fait que vos autres enfants n’aient pas de problèmes de poids n’y change absolument rien. Beaucoup de gens ont un métabolisme très actif durant leur jeunesse et voient apparaitre un surpoids à l’âge adulte, alors qu’ils avaient toujours été minces. En prime, ils se retrouvent avec de mauvaises habitudes sans savoir comment les changer car ils n’ont connu que ça.

En cas de problème de quantité, on aborde un aspect psychologique. Les enfants, par nature, sont régulés pour répondre à leurs besoins naturels. Regardez un bébé : il a faim, il pleure pour réclamer, il n’a plus faim, il arrête de téter. Il a faim, il mange, il n’a pas faim, il ne mange pas. Ainsi procèdent d’ailleurs les animaux sauvages. Si votre enfant mange trop à table pour son gabari, s’il a tendance à grignoter, c’est qu’il n’est plus capable de reconnaître ses signaux de faim et de satiété. Il ne sait pas différencier la faim et l’envie, le plaisir et la sensation d’être repu. Lui prescrire un régime, le forcer à manger telle portion à tel moment n’y remédiera pas, il n’aura toujours pas appris à comprendre son corps. Juste à se forcer à manger à des moments où il n’a pas forcément faim et à ne pas manger quand parfois son corps réclamera. L’apprivoisement des sensations alimentaires se fait avec des professionnels spécialisés, selon les préceptes du livre de Zermati. Il n’est pas question d’aliments interdits, mais de savoir manger à sa faim, de s’avoir s’ajuster naturellement en cas d’excès, de savoir s’arrêter même si l’assiette n’est pas finie, de pouvoir manger son aliment préféré sans ressentir le besoin de vider le paquet, etc. C’est éduquer à un rapport sain, instinctif et serein à la nourriture.

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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