J’ai fait la paix avec mon corps quand j’ai guéri ma dépendance affective

Je ne me suis jamais sentie vraiment concernée par les notions de « dépendance affective« . Pour moi, c’était destiné aux personnes qui ne supportent pas d’être célibataires. Les coeurs d’artichaut qui tombent amoureux en deux jours, qui enchainent les histoires ou les plans culs pour avoir une présence permanente. J’étais plutôt l’inverse à priori : extrêmement difficile. Et globalement sur le total de ma courte vie, plus souvent célibataire endurcie qu’en couple.

UNE PRISE DE CONSCIENCE

Avec le recul, mes coups de coeur n’étaient pas si espacés que ça mais ils devaient répondre à un profil très spécifique : blanc, cheveux foncés et courts, grand, mâchoire carrée, athlétique, un peu bad boy, sûr de lui, un peu séducteur. Côté hobbys, humour, intérêts ? Je n’avais pas de profil car au final, le physique et l’image dégagée importaient plus que tout, je saurais m’adapter à  la personnalité. Vous comprenez : j’avais tellement rarement des coups de coeur physiques, des attractions, que je ne pouvais pas me permettre de chipoter, me disais-je. Bon ça je l’admets maintenant, à l’époque je me considérais juste « ouverte d’esprit sur la personnalité ». Bref, j’étais bien trop difficile pour être dépendante affective, voyez-vous. Du moins je le pensais. Tout en me demandant pourquoi je finissais toujours avec des hommes avec qui j’avais au final très peu en commun, dans la peur panique tout au long de la relation de les perdre.

Pour moi, nourrie à la presse féminine depuis mon adolescence, diagnostiquée HP et hypersensible, l’amour était une lutte. Une lutte pour séduire et préserver une image désirable physiquement et agréable à vivre. Un peu comme une Monica Bellucci version cinéma : posée, mature, pas trop casse-burne, réfléchie, toujours en mode séduction, toujours au top, toujours un peu mystérieuse et inaccessible. Tout ce que je ne suis pas  et n’ai jamais été. Malgré une décennie à essayer de coller à l’image de la femme fatale tant sur le plan physique que mental, je me définis plutôt aujourd’hui comme une femme-enfant assez déconneuse, sportive, un chouilla capricieuse, avec un humour un peu gras, qui réfléchit trop et parle beaucoup, un poil geek sur les bords avec un amour du dessin et des mangas et avec un gros appétit pour les desserts. Bref, plus proche de Florence Foresti que de Monica Bellucci.

Un jour, j’ai cherché des informations sur internet sur la dépendance affective par rapport à une connaissance. En lisant les critères énoncés, je me suis reconnue, avec étonnement. J’ai reconnu cette projection sur la personnalité de l’autre, cet attachement à l’idée d’une relation plutôt qu’à la personne elle-même, cette impression constante d’être une imposture, cette peur constante que l’autre le décèle, cet esprit de concurrence envers les autres femmes comme si chacune était une rivale et probablement plus jolie et plus intéressante que moi. J’ai compris qu’il y avait quelque-chose à creuser même si les mots ne sont pas flatteurs.

La dépendance affective, ça évoque de la fragilité, de la prise de tête, une femme victime de ses émotions, en insécurité, rien de très valorisant. Alors on va déjà casser un mythe et clarifier quelque-chose : on peut être dépendante affective sans être une psychopathe. Comme pour tout, il y a des niveaux et avoir une mauvaise interprétation de l’amour n’est pas si grave. C’est même extrêmement fréquent car c’est ultra valorisé dans la littérature et le cinéma. Entendre dans un film « Tu es mon tout, ma vie, mon âme soeur, je ne suis rien sans toi », c’est banal et pourtant extrêmement malsain. J’ai décidé que rien n’est une fatalité, qu’il n’y a rien de honteux à chercher à s’améliorer et j’ai foncé à la Fnac acheter le premier livre qui a tout changé :

 LA DÉPENDANCE AFFECTIVE : UN MANQUE D’AMOUR DE SOI

La dépendance affective ne se caractérise pas par la fréquence des relations mais par la façon d’aimer. Par définition, le dépendant affectif ne s’aime pas. Il aimerait bien, il essaie, il sait qu’il a quelques atouts. Mais il les trouve bien maigres par rapport au reste du monde et il n’est absolument pas convaincu qu’on puisse l’aimer pour ce qu’il est. Alors il aime pour deux. Il aime le fait d’aimer. Il aime pour exister. Peu importe qui est vraiment la personne en face. Il recherche avant tout en elle des qualités, des compétences qu’il envie. Personnellement, j’adorais les hommes bad boy, un peu taciturnes et sûrs d’eux parce que c’était l’opposé de ce que j’étais. Parce que j’enviais leur côté un peu rebelle, un peu secret et très confiant car ce sont des qualités que j’aurais aimé avoir plus jeune. Inconsciemment, fréquenter ce genre d’homme me donnait l’impression d’être un peu plus comme ça, comme si leurs qualités allaient « déteindre » sur moi. Je les aimais caucasiens, grands et musclés, un peu coureurs car c’est ce que la société définit comme un male alpha, un James Bond des temps modernes, et j’étais persuadée que c’étaient vraiment des critères propres à moi et que je n’avais aucune emprise. J’aimais non pas leur caractère et leur profil, leur attitude avec moi mais ce qu’ils incarnaient : une extension valorisante de moi.

Peut-être avez-vous déjà vécu ce genre de situation : vous rencontrez une personne, elle vous attire par ce qu’elle incarne (souvent des traits de personnalité que vous enviez). Vous ne la connaissez pas encore vraiment mais vous lui prêtez déjà un ensemble de qualités et de traits de personnalité. Vous « projetez » en fait sur elle. Au fil du temps, vous réalisez que sur plein d’aspects, elle ne correspond pas vraiment à l’idéal que vous vous étiez imaginé, elle diffère sur plein de points. Mais vous les occultez, vous rangez ça dans un coin de votre tête. Et dans votre tête, elle reste toujours cette personne fabuleuse du premier jour, complètement irréelle et fantasmée. Le jour où vous vous détachez enfin, vous ne comprenez pas comment vous avez pu à ce point l’idéaliser, comment vous avez pu perdre votre temps avec quelqu’un avec qui vous aviez si peu en commun voire quelqu’un de si peu bienveillant.

Vous avez une part de responsabilité : vous n’avez pas appris à la connaître. Vous n’êtes pas tombé amoureux d’une personne pour ce qu’elle était et ce que vous en connaissiez, vous êtes tombé amoureux d’un rêve, de l’idée d’être en couple. Dans l’autre très beau livre « La maîtrise de l’amour » dont je vous ai parlé il y a peu, l’auteur rappelle qu’on ne peut changer quelqu’un et qu’on doit l’aimer pour ce qu’il est. On l’aime parce qu’on le connait et ce qu’on connait de lui est en accord avec qui nous sommes, nos projets, nos envies, nos valeurs. Au même titre qu’un ami, l’attirance sexuelle en plus. Il n’est pas là pour nous sauver, nous donner confiance en nous, nous réparer, nous vénérer. Il est juste là parce qu’il en a envie et qu’il apprécie d’avancer à nos côtés, et vice-versa.

SORTIR DE LA DÉPENDANCE AFFECTIVE

Il y a plein de causes potentielles à ce genre de schéma mais je ne peux pas vous relater un livre de 300 pages en un article. De plus, je vous encourage vivement à le lire pour creuser le sujet de façon bien plus détaillée. Mais ce qu’on en retient, c’est que l’autre est notre miroir. Tant qu’il nous aime, on s’aime – à peu près. Alors l’idée de le perdre est insoutenable. Là encore, pas besoin d’être d’une jalousie folle ou du genre super possessive pour se sentir concernée. On peut avoir peur de perdre l’autre et garder une attitude à peu près détachée et normale. Mais on ressent en permanence la peur que l’autre nous démasque et s’en aille. Et s’il n’y a plus personne pour nous aimer, comment nous aimerons-nous ?

C’est là que commence le cercle vicieux de la quête de perfection. Pour combler cette addiction à l’amour, pour garder cette personne qui comble notre vide, on cherche à la combler en permanence. On veut être physiquement au top, on veut aimer ce qu’il aime, être d’accord avec lui, on n’ose pas forcément affirmer ses propres goûts et ses envies, on fuit les conflits, on essaie de coller à l’image de sa « femme idéale » supposée. Très vite, on devient l’ombre de soi-même. Et la personne en face se retrouve face à une carpette en Flubber, prête à se mouler à ses désirs et à anticiper ses besoins.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il y a plusieurs étapes et processus à suivre dans le livre. Certains font recours à une thérapie sur le côté. Personnellement, j’ai eu la chance d’être bien entourée, avec des proches qui avaient déjà su déceler quelques prémices en moi et me guider vers un début de guérison. Comme pour tout, il faut commencer par admettre qu’on a un problème ou en tout cas un schéma qu’on a envie de changer. Et accepter qu’être accro à l’amour et manquer de confiance en soi, ce n’est pas glamour mais ce n’est pas bien grave et surtout : ça se soigne ! Vient ensuite un long processus détaillé dans le livre pour casser ses propres croyances, s’autoriser à être soi et pour ça déjà bien se connaître, décoder ses émotions, poser ses propres limites. Et surtout : accepter la solitude. Car c’est bien là la peur viscérale derrière l’addiction à l’amour : la peur du vide. Exister sans plaire, exister juste par soi, être heureuse avec soi-même.

L’été passé, j’ai passé mon premier été seule. Pas mon premier été célibataire. Mon premier été seule, dans les faits et dans ma tête. Sans crush, sans prospection, sans quête d’un copain, sans tristesse du célibat. J’ai passé un été entier avec moi-même et après deux premières semaines un peu baignées de terreur d’appréhension, j’ai réalisé que je n’en étais pas morte. Oui oui, j’étais là, célibataire, seule dans ma tête sans prospect, libre comme l’air et vraiment très heureuse. Sereine. Enthousiaste envers la vie. Quelques temps plus tard, un homme a débarqué sans crier gare dans mon quotidien de nouvelle femme libre et indépendante – il parait que les gens bien dans leur peau et heureux par eux-même, ça attire. Un homme que j’ai appris à connaître, que j’apprends encore à connaître. Un homme que je trouve très séduisant et pourtant différent de mes critères habituels. Nous construisons petit à petit, nous communiquons beaucoup et je suis moi-même, dans le meilleur comme le pire, depuis le premier jour. Parfois il reste des peurs, des tentations de vieux réflexes et c’est là qu’on apprend à pratiquer sur le terrain. J’ai un bon feeling pour la suite mais quoiqu’il arrive, je sais que toute ma vie, la personne la plus importante pour me combler sera près de moi : moi-même. Je suis ma propre ressource pour être heureuse.

MON IMAGE DE MOI ET DE MON CORPS

Toute ma jeunesse, j’ai eu envie de plaire. Pour me sentir exister, pour me dire que je valais quelque-chose, même physiquement. J’ai commencé jeune les régimes, j’étais fascinée par l’univers du mannequinat durant mes études. J’ai eu des périodes où j’appréhendais le sport pour les résultats physiques. Plus mince ou plus musclée, il y avait toujours quelque-chose à peaufiner. Je n’estimais pas avoir le choix, je ne me sentais pas légitime alors j’essayais en permanence d’être parfaite. D’avoir un job parfait, un corps parfait, un look parfait, une alimentation parfaite.

Le jour où j’ai décidé que je valais quelque-chose malgré mes défauts, que peut-être je n’avais pas besoin de changer pour vivre et éventuellement être aimée, tout s’est débloqué à la suite. J’ai arrêté de voir mon corps comme un outil de séduction pour atteindre l’amour et la confiance en moi. Je le vois maintenant comme une simple partie de moi, précieuse, dont je prends soin mais qui ne me représente pas et ne m’octroie rien si ce n’est de faire les activités que j’aime, de ressentir, de penser, de bouger, de vivre. J’ai arrêté de compter mes macros et de me priver de sucre « parce que si je n’ai pas un ventre parfaitement plat on m’aimera moins ». J’ai redonné au sport la place qui lui est destinée dans ma vie : un hobby que j’aime profondément, qui me permet d’évacuer le stress, de relever des défis, de rencontrer du monde, de me défouler, de prendre soin de ma santé. J’ai redonné à la nourriture la place qu’elle mérite : un délicieux carburant que j’essaie de choisir de bonne qualité, en écoutant mes sensations de faim et de satiété et en satisfaisant mes goûts.

J’ai fait la paix avec mon esprit et je me suis autorisée à ne pas être un moule de la société. A ne pas vivre que pour mon image, à ne pas penser que pour être aimée, à ne pas me formater pour être la Monica Bellucci du 21ème siècle. Je suis plutôt une Florence Foresti, en bonne santé, avec des passions, un toit sur ma tête, des amis,  un quotidien à la fois banal et bien rempli et foutrement heureuse. En couple désormais, mais indépendante dans mon esprit et délicieusement bien dans mon corps.

Un jour je suis partie à la conquête de moi-même (Photographe : Tania Tan)
About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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