Discriminations raciales capillaires : New York initie la lutte

Il existe depuis toujours une multitude de cheveux à travers la planète mais certains ont la vie plus dure que d’autres. Depuis des siècles, les cheveux afros ou frisés subissent des pressions pour coller aux standards occidentaux. La beauté « blanche » est encore celle qui prédomine à Hollywood et les clichés ont la vie dure. Quand même des stars comme Beyonce passent leur vie cheveux lissés ou que le monde s’offusque des cheveux au naturel de Michelle Obama à la plage dans la presse people, on sent qu’il reste du chemin à parcourir. Casser les codes et ouvrir la beauté à toutes les formes et toutes les origines est un long chemin mais New-York vient peut-être d’ouvrir la voie à une nouvelle ère. La ville vient d’interdire officiellement les discriminations raciales liées aux cheveux ou aux coiffures.

UNE PRESSION SOCIÉTALE RÉPANDUE

L’été passé, en terrasse, je parcourais sur Instagram les photos d’une très jolie candidate pour Miss France, aux magnifiques cheveux frisés, tandis que mon amie répondait à un email. L’homme à la table à côté a jugé utile de me draguer en me disant que j’étais bien plus jolie que cette miss aux « cheveux de lionne ridicules » sur mon téléphone. Mon regard s’est alors posé sur mon amie à côté de moi, martiniquaise aux cheveux frisés. Je crois que le mec a senti le malaise.

Ce genre de situation est malheureusement l’illustration d’un phénomène bien plus étendu. Régulièrement, des scandales éclatent dans des écoles autour du monde sur la coiffure d’enfants et d’adolescents aux cheveux crépus/frisés. En 2017, une adolescente était réprimandée pour ses cheveux afros dans une école de Floride, ses cheveux naturels qui ne seraient pas « appropriés ». En 2016, aux Etats-Unis, une mère recevait un mot de la maîtresse de sa fille, la priant de lui mettre moins d’huile de coco dans ses cheveux rebelles car « ça pue ». En Afrique du sud, au lycée Pretoria Girls High, les jeunes filles noires sont priées de lisser ou attacher leurs cheveux crépus. Idem dans le monde professionnel où de nombreuses femmes racisées n’osent pas arborder leurs cheveux au naturel. En cause ? Des reproches comme « un manque de professionnalisme », « ça ne fait pas soigné », « ce n’est pas adapté ». Est-ce qu’on dit la même chose du carré ringard de Solange ou de la frange ratée de Josiane dans l’open-space ?

cheveux afros

Ces préjugés sont entre autres entretenus par le milieu du showbizz où peu de stars afro-américaines osent afficher leurs vrais cheveux. Même en France, les miss aux cheveux frisés se retrouvent souvent avec une coupe lisse pour les événements et les interviews. Si des célébrités comme Alicia Keys ou Solange Knowles tentent de faire bouger les choses en assumant leurs cheveux au naturel, on voit quand-même plus souvent des cheveux lisses sur Beyonce ou Nicky Minaj. Difficile de leur en vouloir : elles subissent la pression de diktats très forts tout en cherchant à conquérir le public le plus large possible, dans une industrie qui promeut toujours beaucoup les standards caucasiens. Et même quand elles tentent quelque-chose, les critiques sont toujours là : Zendaya entre autres s’est fait critiquer sur ses dreadlocks par la journaliste mode Giuliana Rancic qui disait que cela devait « sentir la weed« . Heureusement, la jeune it-girl ne s’est pas laissé démonter et a répliqué avec force : « Il y a assez de clichés comme ça sur les cheveux des Noirs Américains. Pas la peine que des personnes ignorantes en rajoutent en jugeant les autres seulement en se basant sur la façon dont leurs cheveux sont bouclés (…) Pour moi, les dread sont un symbole de force et de beauté (…) Certains devraient réfléchir avant d’ouvrir leur bouche et de juger ».

UNE DISCRIMINATION QUI SERA PUNIE

Demander à une personne aux cheveux afros/frisés de les « dompter », c’est aussi insultant que demander à une asiatique de mettre plus de mascara pour agrandir ses yeux. C’est renier la nature même de la personne pour la faire coller à des standards subjectifs et absurdes. Au nom de quoi des cheveux frisés seraient moins « soignés », « professionnels » ou même « moins beaux » que des cheveux lisses ? Porter ces jugements revient à dire que ce qui est différent des standards caucasiens est moins bien, ce qui est ouvertement discriminatoire. En outre, ce qui peut sembler banal est lourd de frais et de désagréments : défriser des cheveux à renfort de produits chimiques, faire un tissage ou des tresses, c’est non seulement très couteux mais aussi très douloureux. En France, 20% de la population a des cheveux afros. Pour répondre aux besoins rien qu’en Île-de-France, il faudrait 2400 salons qualifiés sur ce type de cheveux. On en recense seulement 150, car les coiffeurs ne sont pas formés pour.

New-York met le débat sur la table et est la première ville à prendre des mesures officielles contre les discriminations capillaires.  La Commission des droits humains a annoncé la mise en place de directives touchant aux lieux de travail, lieux publics, établissements de nuit et aux écoles. Ce texte, précurseur sur le sujet aux Etats-Unis, prévoit que « personne ne peut obliger une personne noire à modifier ses cheveux naturels pour pouvoir être admise dans un lieu« . En cas de non-respect, des poursuites pourront être lancées avec une amende de 250 000 dollars à la clé. A l’heure actuelle, 7 cas sont déjà étudiés par la Commission. Espérons que cette initiative se répercutera dans d’autres villes autour du monde et qu’un changement des mentalités pourra enfin commencer.

About the author
Coach certifiée en Nutrition Naturelle, je partage ma passion pour la gourmandise, le sport et le bien-être dans une optique de bienveillance. De la Belgique à Paris en passant par New York et Rome, je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux délices mais je préserve un amour sans faille pour le chocolat et les frites.

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