mardi 23 octobre 2018

Réussir et "devenir quelqu'un" : ma plus belle réussite c'est d'être moi

Ce matin, j'ai eu l'occasion de participer au petit-déjeuner des Slasheuses - aka femmes qui combinent plusieurs activités pros - par la merveilleuse Lauriane de Makeitnow. Lovées à l'étage supérieur du centre Sayya, nous avons parlé entreprenariat, confiance en soi, développement de projets et développement de soi avec deux intervenantes et une quinzaine d'autres entrepreneuses. 

Entre conseils, partage et confessions, nous sommes reparties la motivation à bloc et la tête fourmillant d'idées. Cette matinée m'a permis de voir le chemin parcouru mais du même coup, de voir à quel points mes objectifs professionnels et personnels ont changé, évolué au fil des années. A quel point ce sur quoi je place de la valeur et comment je me valorise moi-même, combien ces facteurs ont changé. Désormais, mes attentes de la vie et ma vision de la réussite sont aux antipodes de ce qu'elles ont pu être à la remise de mon diplôme, lorsque je rêvais de "devenir quelqu'un'. 

LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA ET MOI EN JEAN

J'ai toujours été fascinée, aussi loin que je m'en souvienne, par le milieu du mannequinat et de la beauté. Pourtant, je me maquillais peu, je n'étais pas très en avance sur les tendances et je faisais et fais toujours 1m60. J'enviais la confiance qui semblait se dégager des femmes "privilégiées" par leur aura, leur physique, leur look. J'enviais leur rôle de modèle, moi la jeune femme timide un peu mal dans sa peau, cherchant désespérément à me sentir accepter, à plaire, à être "cool". Dès ma puberté, j'ai dévoré des yeux chaque épisode, chaque saison de "America's Next Top Model", chaque reportage sur les mannequins, sur les égéries, sur la mode et les créateurs. Pas les vêtements vraiment, mais ces créatures qui les portent. Leur beauté. Leur pouvoir. Parce qu'à mes yeux, être dans ce monde était un pouvoir absolu, une réussite. C'est ce que nous dit la presse, le cinéma, le showbizz. 

Lors de ma dernière année de master en management, j'ai assumé ce désir de faire partie de ce monde et j'ai commencé à prospecter mon stage dans la mode à New York. Une expérience fabuleuse de strass, de fête et de rencontres mais pas tellement épanouissante du point de vue professionnel. Peu importe, j'avais mis un pied dans ce monde si fermé. Je croisais les stars dans le showroom où je rangeais les vêtements du matin au soir, je voyais les défilés, je sortais dans les clubs branchés chaque week-end. Je me sentais comme ces héroïnes de film qui débarquent à New York pour vivre la grande vie. Car c'est ainsi que je concevais la réussite d'une femme ou la mienne en tout cas : faire une jolie carrière qui me passionne, mais pas un truc commun. Pas un truc bateau, rasoir, en tailleurs ringard. Non, un métier pétillant, branché, les lèvres rouges et les escarpins aux pieds, avec les invitations aux mondanités. 

J'ai poursuivi cet objectif en rentrant de mon stage, cherchant désespérément un job à l'étranger pour me refaire sortir de ma Bruxelles trop petite et ennuyeuse. J'ai fini par atterrir à Paris, après un détour à Rome pour me former en communication de luxe. J'ai démarré mon stage pour un webzine féminin qui m'a beaucoup plu, et j'aurais pu suivre la voie que je m'étais tracée. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Au fil des années, mon intérêt pour la mode et les mondanités s'est fané, tandis que mon amour pour la nutrition et le corps humain n'ont fait que croître. J'ai alors entamé ma formation en nutrition naturelle pour ajouter une corde à on arc. 

Puis j'ai du admettre que même si la mode me fascine, ce ne sont pas les vêtements qui me plaisent réellement, au fond. C'est ce qu'ils incarnent : les influences, la culture d'une époque, les diktats, les idéaux, l'idée de la beauté et non la beauté, l'idée du pouvoir et non le pouvoir. Ils sont le lien étroit entre notre corps et notre perception de nous, ce que nous véhiculons de nous vers l'extérieur. Ce que j'aime réellement, c'est l'humain et l'amour de soi. Les mannequins ne sont ni plus belles ni plus heureuses ni plus puissantes que n'importe qui. On décide juste de le faire croire. Si la société peut insérer notre idée de la beauté et du pouvoir sur n'importe qui, pas de raison que nous ne puissions pas faire de même. En commençant par l'insérer sur nous. 

Depuis, je me consacre à mon blog, à des articles nutrition-sport et des missions de communication digitale pour des sites et clients externes. Des domaines éclectiques, pas particulièrement glamours aux yeux d'Hollywood. Mais particulièrement adaptés à ce que j'aime faire au quotidien, à ce que je suis, à ce en quoi je crois, à ce que j'ai envie de partager. Car c'est ainsi que j'entrevois désormais ma carrière et ma réussite professionnelle. Je ne cherche plus à répondre à ces questions :

  • Comment être reconnue ?
  • Comment avoir accès aux événements branchés ?
  • Comment être perçue comme une fille branchée qui a réussi ?
  • Comment faire partie du monde des paillettes ?
  • Comment avoir une vie trépidante ?

Mais je réponds chaque jour, au fur et à mesure que j'apprends à me connaître, à celles-ci plutôt :
  • Qu'ai-je envie de faire de mes journées et de créer ?
  • Qu'ai-je envie de partager, inspirer ?
  • Qu'ai-je envie d'apporter aux autres ?
  • Comment allier mon job et mes passions ?
  • Comment rentabiliser mes passions en restant fidèle à qui je suis ?

Ma réussite n'est pas dans le regard des autres mais dans ce qui me rend heureuse et me donne un sentiment d'accomplissement personnel. 

WONDERWOMAN OU LE CULTE DE LA PERFECTION

S'il n'a pas été difficile de troquer tailleurs contre jean-tshirt, ma reconversion dans le monde de la nutrition et du bien-être m'a quand-même amenée à affronter d'autres démons. Ceux du culte de la perfection. Mon arrivée dans cet univers a coïncidé avec sa montée en popularité à travers celle des fitgirls, de la nourriture healthy, du contrôle de son image. Désormais, ce n'étaient plus les filles passives défilant le long des podiums qui étaient prisées pour leur beauté et leur charisme, c'étaient les femmes sportives, à l'hygiène de vie irréprochable. Celles qui prennent soin d'elle tout en gérant le reste, qui maitrisent chaque bout de cellulite à grand renfort de leggins nike et de fonte à soulever. 

L'envie de plaire et de contrôler ma réussite ont de nouveau pris le pas sur ma passion. Le sport, toujours un plaisir malgré tout, s'est accompagné de grandes pressions pour viser des performances et un physique parfait. La nourriture, si longtemps sereine et instinctive, est devenue source de contrôle, de gestion, de rejets de tout ce qui n'était pas healthy. Bye bye pâte à tartiner et goûters. Bye bye frites, on se reverra dans une semaine quand mon planning autorisera un cheatmeal. Pour qui, pour quoi ? Pour me sentir à nouveau légitime, confiante. Pour me sentir peut-être plus crédible comme coach nutrition, comme si la perfection physique était la seule finalité du fait de faire du sport et de bien manger. Pendant deux ans, je me suis formée et spécialisée sur la nutrition et le sport mais viscéralement éloignée de ce qu'ils représentaient à la base pour moi.

Avant de me questionner sur ce qui m'avait amenée dans cet univers : la passion, réelle cette fois. La passion de tout ce qu'un corps motivé peut accomplir à travers le sport, de ses multiples possibilités. De tout ce qu'il nous amène au quotidien. Des mille et une saveurs à découvrir dans les assiettes. Des bons produits de qualité qui nous donnent de l'énergie. Des nutriments qui boostent notre santé et nous permettent d'être en forme pour accomplir ce qu'on veut. La passion de prendre soin de soi, de se faire plaisir, de reconnecter avec son corps, de décharger son esprit, de stimuler sa santé. Il n'y a aucune contrainte physique dans ce qui me plait dans la nutrition et le sport. Depuis, je m'assure de ne plus jamais l'oublier. 

RÉSEAUX SOCIAUX ET LE NEZ DANS LE TÉLÉPHONE

Un culte de l'apparence dans une société qui la met sur un piédestal, ça va de pair avec l'exposition constante de soi. Vous comprenez, "c'est pour mon travail". Il faut que je poste mes plats chaque jour pour assurer une régularité de mon compte. Il faut que je poste à la bonne heure sinon il n'y aura pas assez de vues. Il faut que j'aie des followers pour faire évoluer mon business sinon je ne convaincrai pas de partenaires pros. Il faut que je poste, que je poste, que je poste. Quitte à passer ma journée le nez dans le téléphone. Le matin parce que c'est une bonne heure alors le café attendra. Le midi au restaurant, mes amis qui attendent à côté parce que "il faut poster pendant le lunch vous comprenez". Et poster ce qui plait, me forcer à parler plus de moi, créer une interaction, m'exposer plus pour que les gens s'attachent.

Pendant que je me détache de mes proches, ceux qui sont réellement là avec moi, que je me détache du moment présent, des fous rires et des souvenirs à construire. Pourquoi le virtuel et les inconnus prennent-ils tant de place sur la réalité et le quotidien ? Les partenaires pros attendront mais je ne veux plus rien manquer du réel pour une illusion virtuelle. Je poste quand j'en ai envie, ce que j'ai envie de partager, ce qui m'inspire, quand j'ai du temps, bonne heure de visibilité ou non, sans trop me dévoiler parce que ce n'est pas ma nature et qu'en prime, je n'ai pas le temps. A défaut, je dévoile des instants choisis et amusants à travers des dessins. Des bribes de vie que je choisis de montrer pour me faire rire et faire rire mon entourage et faire un clin d'oeil à ces anecdotes qu'on rencontre tous au quotidien. Je m'y retrouve, je fais ce que j'aime sans pour autant me laisser envahir. Les réseaux font partie de la communication et sont certes un tremplin pour se faire connaitre et développer son business mais ils ne démontrent rien de la qualité profonde de notre projet. Ils n'en sont qu'une vitrine et non le contenu. 

ÊTRE ET AVOIR

Au final, la notion de réussite est propre à chacun et varie énormément. Mais avant de se demander ce qu'on veut obtenir, ce qu'on veut avoir (argent, reconnaissance, compétences...), on ne devrait jamais oublier de se demander ce que nous sommes.

  • Qui suis-je et qu'est-ce qui me caractérise ?
  • Suis-je heureuse dans ce que je fais ? Si non, qu'ai-je envie de faire ?
  • Suis-je moi-même dans ce que je fais ? Est-ce cohérent avec ma personnalité et mes valeurs ?
  • Suis-je stimulée dans ce que je fais ? Est-ce que j'évolue aussi en tant que personne dans mon métier ?

Un job ça évolue, une carrière ça se module, les envies aussi. Mais nos valeurs profondes restent et elles définissent les chemins que nous empruntons. "Devenir quelqu'un" peut avoir beaucoup de définitions différentes selon les gens. Devenir célèbre, devenir compétent, devenir beau, devenir riche, devenir heureux, devenir puissant, devenir talentueux... Chacun doit y trouver sa propre définition pour autant qu'elle colle à ses aspirations profondes et personnelles et non à ce que la société lui dicte ou ce qu'il veut projeter de lui-même. En ce qui me concerne, toutes mes ambitions professionnelles sont encore loin d'être achevées mais je considère que ma mission, mon objectif à la remise du diplôme est enfin accompli : je suis devenue quelqu'un quand je suis enfin devenue moi. 


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