jeudi 11 octobre 2018

Education alimentaire : notre enfance programme notre rapport à la nourriture

De tout ce que j'ai pu retirer de ma formation, des témoignages et de mes coachés, c'est que le rapport à la nourriture a souvent des origines bien plus lointaines qu'on ne l'imagine. Le rapport aux aliments, au fait de se nourrir, aux goûts et préférences, aux émotions à travers l'alimentation... toutes ses notions se dessinent dès le plus jeune âge et peuvent être éduquées du bon comme du mauvais côté. Alors comment notre éducation alimentaire a-t-elle influé sur nous et comment apprendre aux enfants à avoir un rapport sain et varié à la nourriture ?


LA NOTION DE GOÛT ET L'ENFANT

Dès la naissance, nous aimons le gras et le sucré. Normal : c'est ce dont nous avons besoin pour grandir via le lait maternel. Pour autant, cet amour tend à rester avec l'âge. Notons que les bébés sont parfaitement régulés : ils mangent quand ils ont faim, s'arrêtent lorsqu'ils sont rassasiés. Peu importe l'heure des repas ou le contexte, ils répondent à leurs besoins primaires tout en y prenant du plaisir.

Avec l'âge, le goût pour les produits denses comme les féculents, surtout s'ils contiennent du gras, continue d'attirer spontanément les enfants vers ces aliments. Les aliments légers et forts en goût amer ou acide en revanche on moins de succès, tels les légumes. Les études de Leann Birch révèlent toutefois que l'entourage joue un rôle très important. Si un enfant voit ses camarades consommer plusieurs jours un aliment qui le rebute, il sera plus à même de le tenter. Dans le sens inverse, voir des proches rejeter un aliment l'incite à le rejeter également. Il y a un véritable phénomène de mimétisme. En clair, il faut montrer l'exemple ! Inutile de dire à vos enfants de manger leurs brocolis si vous grimacez devant, ils ne seront pas dupes. 

LE RAPPORT À LA NOURRITURE

> Entre privation et excès, gérer les quantités
On pourrait penser que seuls les enfants aux parents qui les nourrissent en excès ont des problèmes de poids. Détrompez-vous : un enfant en privation a tout autant de chances de développer du surpoids. Pourquoi ? Parce qu'il va développer un profond sentiment de manque et de frustration, avec la peur de toujours sortir de table en ayant faim. Pour compenser, son esprit va l'inciter à consommer un maximum à chaque occasion de manger, par peur du manque. C'est alors le début de comportements compulsifs, qui dévient facilement en hyperphagie (grignotage excessif et impulsif) et boulimie (ingestion de quantités phénoménales de nourriture sur une heure suivie de compensation par le sport, les laxatifs ou les vomissements). 

En même temps, la privation excessive d'aliments considérés comme "bons" (sucreries, snacks...) ne fera que les sacraliser d'avantage. Après tout, nous sommes toujours attirés par ce que nous ne pouvons pas avoir. Que ce soit pour l'enfant ou l'adulte, donnez-lui un morceau de chocolat chaque jour et il y a très peu de chances qu'il en abuse un jour. Mais interdisez-lui le chocolat ou autorisez-le à de très (trop) rares occasions et vous pourrez facilement l'observer en engloutir des kilos en une fois. Tout simplement parce que cet aliment interdit est devenu un Graal sur lequel le cerveau projette et compulse

On ne le dit pas assez mais lorsqu'il s'agit de manger de tout avec modération, cela vaut aussi pour les aliments plaisir. Oui, les sucreries c'est important. Les frites, les pâtes. Les chips. Avec plaisir, dégustation consciente, et modération. Si vous vous reconnaissez dans des comportements compulsifs ou si vous ne pouvez pas voir un biscuit sans vider le paquet, vous êtes probablement en état de restriction et peut-être l'avez-vous toujours été. Autoriser quelques aliments moins utiles du point de vue nutritif dans le quotidien n'empêche pas de porter attention à la qualité. Apprenez à vos enfants à apprécier un cake maison sans additifs et trois tonnes de sucre, des frites fraiches sans exhausteurs, de la pâte à tartiner bio avec du sucre complet et sans huile de palme... Ce n'est pas parce qu'ils sont faibles en nutriments qu'ils sont mauvais. Le meilleur moyen de ne pas en abuser, c'est de les accepter. La nourriture n'est pas que fonctionnelle, le plaisir fait partie intégrante de notre humanité.


> Nourriture récompense et émotionnelle
Bien sûr, comme pour les adultes, il arrive que certains enfants mangent trop. S'il s'agit d'un peu de gourmandise, un petit rappel des bases aidera : manger lentement, apprécier les goûts et les textures, se demander si on a vraiment faim ou juste envie de manger, s'arrêter quand on n'a plus faim. Avec la croissance, beaucoup d'enfants s'affinent naturellement s'ils n'ont pas subi de régime restrictif qui les fait passer dans la privation et la compulsion. Et même s'il reste quelques kilos de trop, ce n'est pas grave. Ce n'est pas dangereux pour la santé et c'est juste ainsi : tout le monde n'est pas programmé pour être mince comme un fil. Il y a des gens un peu plus costauds ou potelés, comme il y a des blonds, des bruns, des roux.

En revanche, si cela part vraiment dans l'excès, plusieurs points seront à envisager. L'enfant s'ennuie-t-il ? A-t-il besoin d'être plus actif, stimulé pour ne pas grignoter ? Evacue-t-il des angoisses, des émotions ? Dans tel cas, un psychologue peut être utile pour dénouer des blocages psychologiques. Mais en tant que parent, vous avez aussi un rôle à jouer. Montrez-vous le bon exemple ou grignotez-vous ? Lui donnez-vous trop de produits addictifs, chargés en sucre ? Avez-vous tendance à "récompenser" votre enfant avec des friandises ou à trop charger les assiettes ? Ce sont autant de facteurs à considérer, de même qui si vous rencontrez ces problèmes adultes. 

> Nourriture et habitudes
Nous sommes programmés pour répondre à nos besoins. J'ai faim, je mange, je n'ai plus faim, je m'arrête. Bien sûr, cela s'éduque progressivement pour coller au mieux aux horaires sociaux des repas, en jouant sur les quantités du repas précédent, en intégrant des encas... Mais malgré tout, de nombreuses mauvaises habitudes nous sont inculquées tous petits :
  • finir son assiette même si l'on n'a plus faim
  • grignoter avant le reps ou prendre un apéro
  • sauter le goûter en le considérant comme du grignotage alors qu'on a réellement faim
  • finir constamment avec un dessert, même si l'on n'a plus faim et s'habituer à consommer du sucré à chaque repas
  • manger trop dans des repas animés ou au restaurant, ne pas oser laisser dans l'assiette
  • se forcer à manger le matin si on n'a aucun appétit
  • boire constamment des boissons sucrées
  • ...
Très vite, on prend l'habitude de ne plus écouter son corps. On augmente son appétit, on ne reconnait plus sa satiété, on alterne excès et régimes, on devient accro au sucre... 

> Les peurs transmises

C'est prouvé : les parents constamment au régime ont tendance à transmettre leurs peurs et leur contrôle sur leurs enfants, perturbant leur courbe de poids naturelle. Le G.R.O.S souligne à travers une étude de Leann Birch sur 156 filles de 4 à 6 ans et leurs mères que "plus les mères contrôlent les prises alimentaires de leurs filles, plus celles-ci ont des difficultés à ajuster les quantités consommées dans le protocole de libre accès, et plus elles sont en surpoids."

De même, projeter un idéal sur ses enfants pour quelques kilos en trop sans conséquence, peut placer sur eux une énorme pression et perturber complètement leur rapport à la nourriture. Pensez-y : votre enfant a-t-il réellement un problème de poids à risque ou est-il juste un peu différent des normes et diktats esthétiques de la société, voire de vos normes ? Votre enfant est-il vraiment malheureux d'avoir 3 kilos en trop ou êtes-vous malheureux que votre enfant ne soit pas aussi mince que vous ne le rêviez ? Trop souvent, nous voyons les enfants comme un prolongement de nous-mêmes. Et vous, avez-vous été influencé par les peurs et les idéaux de vos parents ? Etes-vous réellement mal dans votre peau ou essayez-vous de plaire à quelqu'un d'autre ?

L'ÉDUCATION À LA CUISINE : LES CLÉS

> La variété
Proposer des aliments variés aux jeunes enfants est très important tant pour les habituer à différentes saveurs que pour limiter les risques d'allergie. Légumes, fruits, viandes, protéines végétales, poissons, oléagineux, graines, plantes, féculents... le choix est énorme, pensez à proposer un maximum de catégories, chacune contient un large panel d'options. Difficile de diversifier les goûts si le poulet purée et les macaronis sont constamment au menu. 

> Le fait maison et faire ensemble
Cuisiner avec un maximum de produits bruts permet non seulement de contrôler les ingrédients des repas mais aussi d'intensifier leurs saveurs. Regardez une fois la composition de biscuits de supermarchés ou d'une sauce industrielles : beaucoup de gras et du gras saturé, beaucoup de sucre, pas de nutriments ni de fibres, des exhausteurs qui augmentent l'appétit ou lieu de le combler, plein d'additifs, un goût peu présent...

En travaillant des produits frais et des plats maison, dans la mesure du possible, vous éduquez le palais de votre enfant aux différentes saveurs sans l'influence des arômes artificiels. Mais surtout, vous pouvez l'impliquer dans les repas. Cela commence déjà au supermarché en choisissant les fruits et les légumes ensemble, ou même en créant un petit potager, en faisant sentir les produits, les toucher, les goûter. Travaillez les sens, éveillez-les en famille. Montrez également à vos enfants ce que vous cuisinez, faites-les participer : couper un légume s'ils sont assez grands ou simplement mélanger un saladier, casser des oeufs, mettre les ingrédients dans un plat... On est toujours plus enclin à manger un repas dans lequel on s'est investi. 



> Des assiettes bien composées
Pour tenir le coup à l'école comme au bureau, c'est toujours bien d'avoir des repas rassasiants. Pour cela, on met un peu de tout dans l'assiettes : un peu de glucides, un peu de protéines animales ou végétales, un peu de végétaux (fruits ou légumes), un peu de gras (huile, purée d'oléagineux, oléagineux...). Rappelez-vous que le gras et les protéines sont les plus lents à digérer, surtout combinés. Il est donc bon de les associer dans le repas du midi pour être en pleine forme tout l'après-midi. De manière générale, essayez de mettre un peu de tout dans les assiettes en jouant aussi sur les couleurs, les textures.

> La créativité
Il y a des enfants plus récalcitrants que d'autres. Certains sont extrêmement méfiants envers les aliments qui ne les inspire pas (souvent les légumes). En cause ? L'odeur, l'aspect, la couleur... Et parfois même le goût, un peu trop prononcé pour leur jeune âge. Ne faites pas l'erreur de céder et de ne plus leur proposer ces aliments, ils n'auront alors jamais l'occasion de s'y habituer et de manger varié. En revanche, il va falloir retrousser vos manches et faire preuve d'un peu de créativité.

Les légumes et les fruits se déclinent sous plein de préparations : purée, quiches, tartes, cakes sucrés ou salés, gratins, soupes... Jouez sur celles-ci pour modifier l'aspect ou la texture, associez-les à d'autres aliments pour atténuer un peu le goût, préparez une petite sauce tomate ou à la crème pour rendre les légumes plus gourmandes, une vinaigrette au yaourt sur les crudités, profitez des herbes et des épices... Soyez inventifs pour encourager votre enfant à avoir confiance en ce qu'il mange, à être curieux. Si vous avez le temps, vous pouvez également jouer sur la présentation de l'assiette qui peut être très ludique et joliment décorée.

> La persévérance
Comme tout type d'éducation, l'éducation alimentaire nécessite du temps, de la patience et de la constance. Ne baissez pas les bras si votre enfant aime peu d'aliments, ne vous flagellez pas si vous avez fait des erreurs sur son comportement alimentaire. Chaque parent est avant tout humain et il n'est jamais trop tard pour prendre de bonnes habitudes, tant qu'on y croit et qu'on s'y applique réellement. Bien sûr, il n'est pas toujours facile de trouver le temps dans un quotidien chargé avec boulot, famille, activités. Mais il n'y a pas besoin de faire compliqué pour faire bien. Ce sont des habitudes qui bénéficieront à toute la famille et qu'est-ce qui est plus précieux que la santé ?


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire