mardi 20 février 2018

Intolérances alimentaires : bien tenir son journal de bord pour les démasquer

Troubles digestifs, reflux, acidité, maux de tête, fatigue, eczéma, urticaire, acné, dépression... Ce sont là des symptômes que l'on peut retrouver face à des intolérances alimentaires, combinés entre eux ou isolés. Je vous expliquais dans mon article sur la cure d'argile le rôle crucial de l'intestin face à notre immunité et à l'inflammation chronique. Qui aurait crû que tant de maux pouvaient trouver leur origine dans notre ventre ? Si vous souffrez de l'un ou plusieurs de ces symptômes et que les pistes médicales ne donnent rien, vous êtes peut-être tout simplement victime d'une intolérance alimentaire. 


L'INTÉRÊT D'UN JOURNAL DE BORD
Personnellement, je suis devenue intolérante à l'histamine (et probablement aussi au fructose et/ou l'acide folique) il y a un an à peine. J'ai toujours eu pour seul symptôme concret des boutons rouges sur le visage, du tout petit à peine perceptible à la grosse plaque, parfois avec légère démangeaison mais rarement. Pendant longtemps, j'ai pensé que c'était dû à des facteurs extérieurs comme les crèmes hydratantes (je ne les tolère effectivement pas, mais elles ne sont pas la cause de mon eczéma), l'eau de ma douche ou mon produit lessive. C'est à l'arrêt complet des produits sur ma peau que j'ai pu remarquer que la cause était ailleurs, et l'ingestion de cacahuètes la veille me semblait plus que suspecte.

> Le problème des intolérances : on ne les décèle pas forcément à travers les tests médicaux

J'ai personnellement effectué des prick tests (sur la peau) deux fois et divers tests sanguins, rien n'a jamais été détecté. Pourtant, manger des fruits rouges ou une grosse dose de lentilles me couvre toujours de boutons. Comment est-ce possible ? Les tests allergiques détectent des anticorps igE spécifiques à une réaction allergique. Non seulement ces tests ne sont fiables qu'à 90% et doivent être couplés à des tests supplémentaires, mais toutes les allergies ne dépendent pas des igE et les intolérances elles ne sont pas liées au système immunitaire. Le plus souvent, des pathologies de l'intestin, des inflammations locales et l'absence d'enzymes nécessaires génèrent les intolérances. Elles sont donc difficiles et coûteuses à confirmer par des examens. A Paris, on retrouve plusieurs laboratoires promouvant des tests spécifiquement pour intolérances, à prix exorbitant et que les reportages d'investigations ont tous invalidés (plus d'infos sur leur inutilité ici). Il ne reste donc plus qu'à compter sur soi-même et se mettre en chasse pour les démasquer. 

> Tenir un journal permet d'éliminer les suspects jusqu'au coupable

Les réactions impliquées par des intolérances alimentaires sont plus légères que des réactions allergiques mais peuvent également être retardées, de quelques heures à 48 heures. C'est pourquoi on ne les lie pas forcément d'emblée avec la prise d'un repas. Si j'ai appris une chose de mon année avec les intolérances, c'est qu'on peut réagir à des choses complètement improbables et insoupçonnées : jusqu'à il y a encore un an, j'ignorais complètement qu'on pouvait être intolérant à l'histamine ou encore aux métaux ou au fructose ! 

> Les intolérances sont à traiter au cas par cas 

Parfois, on ne dispose pas de suspect concret et il faut passer en revue une multitude d'aliments. Parfois, on a une piste concrète comme le lactose ou l'histamine voire un aliment précis. Mais même avec une intolérance plus concrète, il peut toujours y avoir des exceptions. Je tolère super bien la banane, chargée en histamine, alors que je ne tolère pas les framboises, qui devraient passer. Je tolère le gouda mais pas le fromage frais, etc. Chaque individu est unique et on ne peut pas faire de généralités. Avant de se priver d'emblée d'une flopée d'aliments, autant prendre la peine de les vérifier au préalable. 

> Les quantités jouent sur les réactions

Certains aliments peuvent passer à petite dose, dès lors on les élimine de la liste des suspects potentiels prématurément. En en remangeant plus tard dans la journée ou en consommant une fois une dose plus importante, boum ! La réaction se présente et on ne comprend plus rien. Les quantités influent sur les réactions, que ce soit par accumulation (plusieurs petites quantités répétées sur une courte période) ou par dosage pris (une grosse quantité en une fois). C'est encore un facteur à prendre en compte lorsqu'on tient un carnet de bord de son alimentation, pour être sûr de ne passer à côté de rien. 


TESTER LES ALIMENTS
Chaque suspect doit être traité séparément pour ne pas s'emmêler les pinceaux. Je me souviens de périodes calmes pour mon eczéma où, poussée par l'enthousiasme, j'ai réintroduit d'un coup plusieurs suspects sur une journée : thé, graines, amandes, haricots... La réaction d'eczéma n'a pas loupé et je me suis retrouvée bien bête pour trouver le coupable tant il y avait de possibilités. En cas de soupçon d'intolérance générale (exemple : le lactose), il faudra tester chaque catégorie d'aliments séparément car il peut toujours y avoir des exceptions (exemple : lait, yaourts et fromages frais, fromages fermentés...).

> On teste un aliment à la fois sur deux jours

Les réactions peuvent aller jusqu'à 48 heures de délai après un repas mais soyons honnêtes, cela se joue plutôt sur 24 heures. Par mesure de précaution, on étend sur deux jours. Concrètement, ça se passe comment?

> On adopte une alimentation la plus basique possible et on intègre le suspect.

Une alimentation sans risque, ça veut dire des fruits non exotiques (et hors suspects bien sûr), du riz, des pâtes si le gluten n'est pas remis en cause, des légumes bien tolérés comme la carotte, la courgette et le concombre, du poulet ou du porc si vous consommez de la viande. En cas de végétarisme ou de véganisme, prudence avec les légumineuses (soja inclus) et les oléagineux qui ont un haut potentiel allergique. En effet, ce n'est pas la folie gustative de tenir un journal de bord me direz-vous, c'est même franchement monotone mais c'est pour la bonne cause.

> On observe les heures qui suivent.

Consommez le suspect dans une portion habituelle le premier jour de test et observez les symptômes dans les heures qui suivent. En cas d'absence de réaction ou de réaction légère, augmentez la dose le second jour (quitte à la doubler) pour voir si cela change quelque-chose ou intensifie les symptômes.

> On gère les crises

En cas de réaction marquée et de symptômes gênants, on fait une pause entre deux aliments à tester pendant un à trois jours. Durant ceux-ci, on calme l'organisme en reprenant une alimentation simple à base de riz, avec le moins d'ingrédients possibles pour ne pas surcharger la digestion. Une monodiète  de pommes, de carottes ou de riz peut être envisagée sur ce laps de temps si nécessaire mais ce n'est pas obligatoire. Il est inutile d'enchainer des tests si les symptômes sont trop prononcés : non seulement cela agresse l'organisme par accumulation mais cela peut fausser les résultats, ne sachant plus ce qui provoque quoi. Il m'arrive d'avoir des poussées d'eczéma supplémentaires les deux jours suivant une crise même sans manger aucun aliment à problème. C'est simplement mon corps surchargé qui s'exprime et doit prendre le temps d'éliminer.


CONCEVOIR SON JOURNAL
Que vous choisissiez d'inscrire vos repas dans un carnet ou dans votre téléphone en déplacement, il vous faudra une version complète sur ordinateur. Pourquoi ? Tout simplement pour pouvoir effectuer des recherches sur des mots-clés (des aliments ou des symptômes) lors de l'analyse finale. En prime, c'est plus facile à modifier, ajuster, compléter au quotidien avec vos notes de la journée.

> Les dates : tenir un journal efficace démarre par un bon suivi du temps. Inscrivez le jour de la semaine et la date pour chaque journée.

> Les couleurs : la nuit, notre corps se régénère et travaille. Cela peut faire disparaitre des réactions comme les faire apparaitre quand la veille tout allait pourtant bien. Utiliser un code couleur permet de voir au premier coup d'oeil l'état des symptômes au matin. Pour chaque jour, commencez par attribuer au réveil une couleur entre le vert (forme impeccable), l'orange (quelques symptômes) et le rouge (catastrophe).

Si vous cumulez plusieurs symptômes non corrélés comme par exemple des spasmes à l'intestin et de l'eczéma ou des maux de tête, notez-les sous la date du jour en leur donnant à chacun une couleur propre et appliquez ensuite à la date du jour une couleur globale qui fait "la moyenne" du tout. Détaillez ensuite l'état de vos symptômes. Cela vous permettra également, en cas de code rouge, de vérifier les repas pris la veille, surtout les plus tardifs.

Exemples :


> Les repas et les symptômes : une fois le bilan matinal effectué, il est temps d'inscrire petit à petit tout ce que vous consommez au fil de la journée, boissons inclues. Si les symptômes se manifestent/évoluent au fil de la journée, inscrivez-les pour les relier à un repas éventuel tout en marquant toujours les suspects potentiels.

Exemple :



















TIRER LES CONCLUSIONS
Une période d'observation peut durer d'une semaine à plusieurs mois selon le type d'intolérance et le nombre de suspects. Une fois les principaux passés au crible, il est temps de décrypter vos résultats. L'intérêt d'un fichier informatisé sera alors de faire des recherches sur les suspects que vous avez retenu au fil des dates et de vérifier si des réactions se sont effectivement manifestées les heures/jours qui suivent. Dans le sens inverse, vous pouvez vous servir de vos codes couleurs pour observer les aliments qui ont précédé du rouge.

Très souvent, les symptômes se présentent entre 2 heures et 8 heures après le repas avant de s'estomper. Si des symptômes apparaissent en milieu de journée et s'estompent le soir, il est probable que le coupable se cache au petit-déjeuner. S'ils apparaissent en fin de journée et persistent au matin, il faudra plutôt creuser du côté du diner et des encas tardifs. Tenir un carnet d'observation peut prendre du temps mais il est important de ne pas se décourager. Gardez à l'esprit que ce ne sont là que quelques semaines de votre vie pour viser un mieux-être à long terme. Il m'arrive encore de tester des aliments régulièrement, de préférence des jours où je ne prévois pas de sortie en cas de grosse poussée d'eczéma embarrassante. Petit à petit, j'élargis ainsi mon panel d'aliments à consommer et j'élimine ceux qui peuvent poser problème ou me créer de mauvaises surprises au restaurant. La patience sera toujours notre meilleure alliée. A vos claviers, la traque est lancée !



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